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À l’Est, le renouveau

Depuis 15 ans, Bouygues Construction réalise des chantiers en Roumanie, nouvel entrant de poids de l’Union Européenne en matière de BTP.
Après des années d’activité en dents de scie, le Groupe souhaite désormais pérenniser sa présence dans ce pays. Démonstration à Bucarest, où Bouygues Romania multiplie les contrats, guidée par une préoccupation constante : réaliser des projets à valeur ajoutée.

Palais de justice de BucarestPatrie du comte Dracula, marquée par son passé de satellite soviétique, la Roumanie, entrée le 1er janvier 2007 dans l’Union Européenne, connaît actuellement un marché de la construction dynamique, en hausse de 19,6 % en 2006 par rapport à 20051. En témoignent les nombreux projets menés à Bucarest par Bouygues Romania, acteur principal du secteur dans ce pays. Aujourd’hui, la Roumanie entre dans un cycle économique stable à moyen-long terme, un marché porteur sur lequel un fort besoin d’infrastructures se fait sentir. Coup de projecteur sur cette filiale de Bouygues Bâtiment International.
« Bouygues Construction a fait le choix d’être présent en Roumanie dès 1991, dans une période où les chances de réussite semblaient moins évidentes, rappelle Victor Stefanescu, à la tête de Bouygues Romania depuis 2005. Nous avons fait le pari de rester là, en dépit d’une activité fluctuante. Nous bénéficions ainsi d’une expérience du pays et d’une vraie crédibilité sur le marché », note-t-il, en indiquant que la filiale a renoué avec les succès commerciaux dès la fin 2005.

Du ponctuel au récurrent

Hôtel Novotel

À l’origine, les projets sont ponctuels. En 1994, la filiale livre sa première réalisation, le World Trade Center, un projet de 60 000 m2, comprenant un hôtel Sofitel 4*, une galerie commerciale, trois restaurants et 12 000 m2 de bureaux. Le tout en 24 mois, pour 140 M€. Cette opération est suivie peu après du « Village Français » (35 appartements, 34 villas), puis, l’année suivante, de 37 000 m2 de bureaux en centre-ville. De 1998 à 2003, l’activité se révèle plus fluctuante, dans un marché hésitant. De 2003 à 2006, les équipes, étoffées, entreprennent pendant 36 mois la consolidation avec rénovation lourde du Palais de Justice de Bucarest (34 M€), puis la réalisation pour le groupe Accor de l’hôtel 4* Novotel « du Théâtre » qui marque une étape importante dans le développement et la pérennisation de Bouygues Romania.

Le virage : un hôtel clés en main

C’est en effet « la première opération de type développement-conception-construction réalisée en production propre, explique Victor Stefanescu. Cette opération nous a permis de valoriser notre capacité à maîtriser ce type de projet, très technique, d’un bout à l’autre : trois niveaux de parkings souterrains dans l’eau, une galerie commerciale et 12 étages – réalisés en seulement 20 mois. » En pleine croissance et forte de 140 collaborateurs (200 prévus fin 2007 !), Bouygues Romania devra relever d’importants défis pour assurer un développement de qualité et mener de front tous ses projets : centre commercial, résidentiel haut de gamme, plateformes logistiques, hôtellerie… la preuve sur ses chantiers en cours.

Le plus grand chantier du pays

Au Nord de la capitale, sous les silhouettes élancées de sept grues, à proximité d’un Carrefour, d’un Bricostore et d’un Ikea, 600 compagnons oeuvrent depuis juillet 2006 pour réaliser en 12 mois le clos-couvert des 100 000 m2 du futur centre commercial. « Sur Baneasa Shopping City, le plus grand projet lancé en Roumanie en 2006, nous sommes chargés de réaliser ce chantier pour 30 M€ », précise Martin Desveaux, ingénieur travaux. Le projet est situé en zone sismique, ce qui explique des ratios acier / béton supérieurs de 20 à 30 % par rapport à des projets similaires. «L’architecture, signée Chapman & Taylor, est audacieuse, avec une zone d’accueil comportant de grands poteaux inclinés de 12 m de haut, une façade vitrée et d’importants volumes accrochés aux profils et câbles en inox », explique Jacques Lambrecht, responsable gros oeuvre. « Les études techniques sont réalisées par un bureau d’études local, coordonné par nos spécialistes », indique Robert Popielarski, directeur d’exploitation. L’un des enjeux de ce projet fut la constitution d’une équipe performante. Douze cadres expérimentés de Bouygues Bâtiment International épaulent et forment au quotidien 20 jeunes ingénieurs et techniciens roumains. La main d’oeuvre, souvent peu qualifiée, a nécessité une mobilisation particulière. « Nous avons connu un automne difficile, du fait d’un turnover important. Il nous faudra fidéliser une main d’oeuvre de qualité, tout en veillant à la qualité et aux délais de réalisation », ajoute-t-il. Des objectifs communs au chantier « At The Oaks », situé à proximité.

Un programme résidentiel haut de gamme

Hotel Novotel vu de l'extérieurAu coeur d’une forêt de chênes, « At The Oaks », luxueux ensemble résidentiel, sera composé de 600 appartements assortis d’un complexe de sport et loisirs. En pointe, 500 compagnons et une vingtaine de cadres et techniciens vont réaliser en 19 mois la première phase des travaux (280 appartements) sous la responsabilité de Jean-François Conci, directeur d’exploitation. Bruno Montbroussous, chef de service travaux, explique : « Ce projet nous a mobilisés dès septembre 2006. Avec l’équipe technicocommerciale, nous avons participé à la définition du projet, aux côtés de l’équipe de maîtrise d’oeuvre. » Il s’agissait de confirmer le contrat, signé de gré à gré en PMG (prix maximum garanti) avec l’un des plus puissants hommes d’affaires roumain, l’ex-champion de tennis Ion Tiriac. Pour Abderrazak Majri, chef de service maîtrise, l’une des difficultés de cette première phase de travaux consistera à organiser la logistique de chantier, sur un site très exigu, doté d’un seul accès. L’apport de nos méthodes et modes opératoires doit se faire progressivement, intégrant les habitudes locales de travail. La prise en compte, dès la phase de préparation de chantier, de méthodes de travail garantissant la sécurité, ainsi que leur respect en phase de construction constituent des vrais axes de vigilance pour la maîtrise et l’encadrement. Bouygues Romania, certifiée ISO 9001 depuis 2005, participe activement à la certification OHSAS 18 001 de Bouygues Bâtiment International, prévue pour cette année. « La dimension environnementale du projet, situé dans un cadre verdoyant, précise Victor Stefanescu, représente pour nous un vrai enjeu de développement durable. »

Plateformes logistiques à l’Ouest de Bucarest

Bouygues Romania a obtenu en 2006 sa première référence d’entrepôt logistique (35 000 m2) pour le client Cefin. La première tranche, Cefin 4 (13 M€), a été livrée en 9 mois. Lionel François, responsable du projet, raconte : « Les fondations ont commencé en juillet. La structure béton préfabriquée a été posée en 2 mois, la structure secondaire métallique a suivi. En octobre, le bâtiment était fermé, les lots techniques démarrés, les dallages intérieurs réalisés d’octobre à décembre, suivis des dallages extérieurs. » Après les finitions, la livraison définitive a eu lieu en mars 2007 : « Nous avions bien préparé notre chantier et bénéficié d’un hiver clément. » La deuxième tranche, Cefin 12 (9 M€), a quant à elle démarré fin 2006. Mircea Stefanescu, responsable de production, précise : « Les terrassements sont réalisés, les fondations creusées. » Au rythme de 10 poteaux et 4 poutres par jour, cet entrepôt de 25 000 m2 sera achevé en septembre 2007. « Notre principal atout, conclut Christian Magnier, Directeur du projet, réside dans la fiabilité de l’organisation. Nous donnons les moyens aux équipes de travailler dans une cadence soutenue pour respecter notre planning. » À terme, 15 bâtiments couvrant 250 000 m2 au total devraient être construits sur cette zone proche de Bucarest, située le long de l’autoroute vers Pitesti – probablement l’une des plus importantes plateformes logistiques en développement en Europe de l’Est. Le dénominateur commun de ces chantiers : la difficulté à trouver un encadrement de chantier stable et une main d’oeuvre qualifiée. Surtout dans un contexte de fuite de compétences vers l’Ouest et d’une pression forte sur les salaires, dans un marché en pleine explosion.

Les défis d’un secteur en pleine ébullition

Intérieur du palais de justiceRecruter des travailleurs qualifiés
« L’embauche en CDI de compagnons qualifiés est difficile, à tel point que l’on étudie des possibilités de se tourner vers une maind’oeuvre étrangère », avoue Stéphane Meuret, responsable Ressources Humaines. Dans un tel contexte, la formation des jeunes se révèle cruciale. Une politique de relations écoles est mise en place : convention de partenariat avec l’UTCB (Université technique de construction), forums et ateliers de recrutement, participation au congrès des cadres roumains en Roumanie et en France, stages, etc. L’objectif consiste à créer une vraie société roumaine, proposant des postes à responsabilités aux locaux, au sein d’une équipe internationale. Plusieurs nationalités sont déjà représentées dans les équipes : belges, français, portugais, algériens, moldaves, polonais, anglais... travaillent aux côtés des roumains. Par ailleurs, « un phénomène de retour en Roumanie se vérifie aussi », note Victor Stefanescu, car on y trouve des écoles de bon niveau. L’économie roumaine affiche en outre de bons résultats, les conditions de travail s’améliorent.

Trouver des partenaires de qualité
Toute la gestion de la chaîne de production du bâtiment est saturée : architectes surchargés, bureaux d’études et sous-traitants débordés. « L’un des enjeux consiste à contrôler les bureaux d’études. Un partenaire fiable et récurrent est à cet égard l’une des clés de notre réussite, insiste Victor Stefanescu. Pour aller plus vite en consolidant notre activité et augmenter notre compétitivité, nous analysons le marché et n’excluons pas une croissance externe si l’opportunité se présente. »

Financial Plaza à BucarestDes perspectives de développement à Bucarest et ailleurs
Autres opportunités, commerciales cette fois, que les trois collaborateurs en charge du développement immobilier pourront approfondir en s’appuyant sur l’expertise du Groupe : les bureaux et hôtels devraient se multiplier à Bucarest, où il manque encore 6 000 chambres d’hôtellerie moyen-haut de gamme. « Nous continuerons à nous intéresser au résidentiel, tout en restant attentifs au secteur tertiaire », précise Eric Royer, responsable commercial. Pour le moment, la filiale intervient seulement à Bucarest, un marché très porteur qui représente 10 % de la population du pays. On y trouve des investisseurs internationaux et un pouvoir d’achat important. À horizon 2010, 1,2 million de m2 de bureaux reste à construire à Bucarest, auquel il faut ajouter les projets logistiques et industriels. « Nous devrons aussi créer des opportunités en province, où huit villes de 300 000 habitants doivent encore se développer dans les créneaux résidentiels et non résidentiels », indique Victor Stefanescu. Il faut pour cela trouver les bons partenaires complémentaires… et compter sur des équipes solides pour poursuivre et pérenniser cette croissance.



1 Source : Bulletin Européen du Moniteur du 19 février 2007.