Gautrain à grande vitesse
Juillet 2008. Les jacarandas ont perdu leurs feuilles, un pâle soleil d’hiver inonde la province du Gauteng. Sous un ciel bleu éclatant, les travaux de Gautrain ont atteint 35 % d’avancement et se poursuivent 7 jours sur 7, parfois 24h sur 24, sur une surface totale de construction de 42 km2. Le « plus grand chantier d’Afrique », d’après le ministre des Transports Sud-africain Jeff Radebe, est aussi probablement l’un des plus grands du monde actuellement.
Imaginez 45 chantiers simultanés, dont 15 ont une taille hors du commun ; ajoutez-y des moyens humains colossaux, près de 6 000 personnes (1 200 en encadrement) qui mettent en oeuvre toutes les techniques de travaux publics sur les 77 km - dont 15 souterrains – du tracé : terrassement, fondations, tunnels creusés au tunnelier ou à l’explosif, tranchées ouvertes, ponts, viaducs en voussoirs ou poutres préfabriquées. Le tout sous l’aiguillon de plannings serrés pendant 54 mois… Vous obtiendrez Gautrain (contraction de « Gauteng », la province de Johannesburg et Pretoria, et de « train »), un colossal projet de liaison ferroviaire express auquel participent les équipes de Bouygues Travaux Publics, sous la houlette de Charles-Etienne Perrier.
Indispensable pour fluidifier un axe saturé, ce projet est aussi stratégique pour la Coupe du monde de football qui se tiendra dans le pays en 2010. Controversé à ses débuts, le projet a depuis convaincu ses derniers réfractaires.
La locomotive Bombela
Il en était question dès 1998... Plusieurs versions plus tard, le projet est signé sous forme d’un partenariat public-privé le 28 septembre 2006, après 15 mois de négociations entre les autorités de la province du Gauteng et le consortium Bombela1, choisi pour construire le Gautrain et l’exploiter pendant 15 ans. Ce consortium regroupe les Français Bouygues Travaux Publics et la RATP, les Sud-Africains Murray & Roberts et Strategic Partners Group et le Canadien Bombardier. Un projet d’une valeur totale de 2,5 milliards d’euros représentant 1,2 milliards d’euros de construction, dont 550 millions pour Bouygues Travaux Publics.
Les voies
Le tracé de Gautrain forme un Y dont la ligne centrale part des entrailles de Johannesburg à Park Station et se divise ensuite entre une ligne qui remonte jusqu’à l’aéroport international de Johannesburg à l’Ouest, et une autre en direction de Pretoria au Nord. La première sera prête en 45 mois, celle entre « Joburg » et Hatfield nécessitera neuf mois supplémentaires, pour une mise en service totale en 2011. Un planning serré...
Les « cheminots »
Dans ce cadre, la capacité de Bouygues Travaux Publics à répondre aux défis techniques du projet suivant les standards internationaux et à organiser rigoureusement les plannings se révèle un atout essentiel. En un an, c’est une véritable entreprise qui a été montée, 6 000 personnes recrutées et formées, avec un travail constant pour enrayer l’important turnover. 22 nationalités différentes se côtoient sur le chantier, divisé géographiquement et en fonction des ouvrages réalisés. Pierre Pascual est ainsi responsable de la construction des tunnels de la zone Sud, qui comprend ceux de Marlboro à Sandton, la gare de Sandton, les tunnels et gares de Park et Rosebank. Christophe Hirsinger dirige quant à lui la zone centrale, avec les travaux de viaducs de Marlboro à l’aéroport et le Mechanical & Electrical sur tout le projet. Enfin, le tronçon Nord est confié à Sjoerd de Boer (de Linbro à Midrand, usine de préfabrication) et à Wes Jones (travaux de Centurion à Hatfield). Tous, dans leurs équipes respectives, font face à des rythmes intenses et à la difficulté de gérer les travaux de façon simultanée, tout en préservant la tranquillité des habitants proches des chantiers.
Plus qu’un train...
L’un des grands intérêts du projet réside dans la stimulation de la croissance économique d’une région très dynamique qui abrite de nombreux centres d’affaires et dans la création d’emplois ; la formation et le fait de confier des postes à responsabilités à des collaborateurs issus de communautés défavorisées sont essentiels. « De nombreux développements régionaux sont attendus grâce au projet, tout autour des gares notamment », ajoute Olaus van Zyl, Project coordinator de Gautrain pour le compte de la province du Gauteng. Plus qu’un simple projet de train, Gautrain est un véritable projet de société, dont la sécurité et la protection de l’environnement sont des enjeux clés.
1 Le nom du consortium vient de celui du train à vapeur qui amenait les mineurs des zones rurales vers Johannesburg.
Gautrain en chiffres
- 77 km de voies nouvelles à construire
- 15 km de tunnels (3 km au tunnelier)
- 10,5 km de viaducs
- 55 ponts
- 10 gares nouvelles (dont 3 souterraines)
- 2 lignes : Park Station (gare centrale de Johannesburg) – Rosebank – Sandton – Pretoria – Hatfield(63 km); Sandton - Aéroport O.R. Tambo (20 km)
- 10 000 places de parking
- 6,7 millions de m3 de terre déplacés
