Réinventer les villes, cela commence par l’échange collectif

04/04/2016 - Actualité

Réinventer les villes, cela commence par l’échange collectif

Fin novembre, Bouygues Construction et le WWF organisaient à Paris avant le lancement de la COP21 un colloque intitulé « Réinventer les villes ». Réunissant près de 300 participants, associations, entreprises et collectivités, l’événement qui a été riche en échanges a montré qu’il est possible de penser, construire et vivre autrement les villes. En commençant à travailler à l’échelle du quartier mais aussi en activant les leviers clefs que sont la gouvernance, l’engagement citoyen ou encore l’innovation. Découvrez la restitution de l’ensemble de l’événement, plénières et tables rondes incluses.
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Les villes, moteurs de la mise en œuvre de l’Accord de Paris

Avec 70 % des émissions de gaz à effet de serre liées à l’énergie finale à leur compte, les villes ont une responsabilité forte et jouent un rôle indéniable dans la lutte contre le dérèglement climatique. L’ensemble de leurs composantes, souvent synonymes de nuisances et d’émissions de CO2 aujourd’hui, sont pourtant autant de solutions pour lutter contre le changement climatique.

L’année 2015 aura en effet été marquée par leurs engagements en la matière. A l’occasion du Sommet des Elus Locaux du 4 décembre 2015 à Paris lors de la COP21, maires, gouverneurs, présidents de région et responsables des pouvoirs locaux ont ainsi renforcé les annonces du Sommet Mondial Climat & Territoire de Lyon. Ils se sont engagés à promouvoir et dépasser les objectifs de l’Accord de Paris, à réduire de 3,7 gigatonnes leurs émissions annuelles de gaz à effet de serre d’ici 2030 et à viser une énergie 100 % renouvelable à l’horizon 2050.

Par ces engagements volontaires et précurseurs, les villes ont ainsi contribué à leur échelle à relever l’ambition mondiale de lutte contre le changement climatique. Cette tendance est portée par un contexte favorable à la reconnaissance de l’action de la société civile et des acteurs non étatiques, comme les collectivités et les entreprises, impulsée à la COP21 au sein d’un agenda pour l’action.

« Les villes ont la main sur quasiment 200 gigatonnes de réduction des émissions. »
 Brice Lalonde, homme politique et militant écologiste

 

L’usager au cœur de la réussite

 

Ces engagements pris par les responsables des gouvernements locaux sont par ailleurs la preuve de leur prise de conscience que les efforts à mettre en œuvre pour lutter contre le changement climatique sont autant d’opportunités d’améliorer la qualité de vie, l’attractivité économique et les finances des villes. Car la ville de demain, celle qui permet une empreinte écologique minimale, ne pourra être durable que si ceux qui la font vivre au quotidien s’y sentent bien et s’engagent concrètement pour l’environnement dans tous leurs usages.

Les projets urbains et architecturaux doivent dès lors répondre aux évolutions sociétales et accompagner l’évolution des modes de vie. Ils doivent être conçus comme de nouvelles opportunités de reconnecter l’homme avec la nature, et s’adapter aux nouveaux usages, grâce à une flexibilité architecturale par exemple. Ils sont autant de vertus pédagogiques dans la transformation de nos modes de vie.

Ces responsabilités rendues à la construction de la ville nécessitent que les usagers soient largement associés le plus en amont possible des projets urbains. La ville durable est aussi celle qui permet aux citoyens d’être acteurs de leur cadre de vie.

« La ville durable, c’est la ville qui produit des modes de production et de consommation durables. C’est bien des habitants dont il s’agit.»
Valérie Lasek, Institut de la ville durable

 

La ville durable, un chantier collectif

 

Traiter de la ville durable nécessite une vision systémique permettant de l’aborder dans son ensemble, considérant les interconnexions et interdépendances qui existent entre toutes ses composantes. Cette approche systémique appelle à décloisonner le dialogue et le rôle des acteurs de la ville – collectivités, entreprises, architectes, urbanistes, aménageurs, habitants… Le dialogue doit devenir plus étroit entre les acteurs, et notamment entre les acteurs publics et privés. Même si les entreprises privées se mobilisent fortement sur la construction de la ville durable, le dialogue doit débuter bien avant la phase opérationnelle, dès la conception.

Ce travail collectif appelle en effet de nouvelles manières de concevoir la ville, et doit parfois amener à bouleverser les systèmes administratifs et réglementaires pour expérimenter et innover. C’est le cas de l’appel à projet « Réinventer Paris », ou encore de l’urbanisme négocié mis en place au travers des ateliers de négociation du projet du Bassin à Flots à Bordeaux. L’Institut pour la ville durable se donne ainsi pour mission de définir les conditions de réussite, y compris réglementaires, de l’innovation urbaine au travers de la création de futurs sites pilotes en France.

 

La ville durable n’est pas un modèle unique

 

Au-delà des concepts, ce colloque a permis de partager des solutions concrètes qui viennent contribuer à la construction d’une ville durable. A l’échelle du bâtiment, la construction du nouveau siège du Ministère de la Défense sur le site historique de la défense à Balard, avec le plus grand toit solaire de Paris ou son système ventilation naturelle, est un exemple d’utilisation des ressources naturelles disponibles sur site. De manière générale, c’est le bâtiment actif, celui qui va chercher l’énergie naturelle disponible localement, que prône Nicolas Michelin, plutôt que le bâtiment passif. Jacques Ferrier a quant à lui, contribué à la réconciliation de la nature et la ville, grâce à un paysage construit au travers des jardins suspendus de son bâtiment en plein centre-ville de Shanghai.

A l’échelle des quartiers, le WWF travaille aux côtés de la Métropole de Lyon et de son aménageur pour mettre en œuvre ses 10 principes de durabilité avec l’accompagnement au quotidien du quartier de Lyon Confluence, premier quartier durable WWF.

Enfin, Bouygues Construction a choisi la Suisse et son initiative « Société à 2000 Watt  » pour concrétiser ses ambitions d’une ville durable. Inspiré du mieux-vivre nordique, le quartier Eikenøtt est un concentré d’innovations qui place l’usager au cœur du dispositif, de la conception à l’exploitation.

Aussi différentes soient-elles, ces solutions respectent un principe : le génie du lieu. La ville durable ne peut être un modèle unique que l’on réplique de manière uniforme sur les divers contextes. Elle doit s’adapter aux caractéristiques de son site, à la culture de ses habitants, et éviter l’écueil d’une « simple » architecture durable, ou même de quartiers à énergie positive, déconnectés du reste de la ville et des enjeux sociaux.

« L’urbaniste-architecte devrait être l’homme de synthèse pour réaliser la ville durable ».
Nicolas Michelin, architecte urbaniste

 

Si le développement économique a été la priorité pendant de nombreuses années, la rencontre avec l’exigence environnementale et sociale est aujourd’hui indispensable pour le succès des projets.

Ce génie du lieu diffère d’un pays à l’autre. La Chine, qui connaît une urbanisation exponentielle, fait face à des défis d’une toute autre nature que celles des problématiques occidentales : d’ici 2025, 70 % des Chinois vivront dans une ville de plus d’un million d’habitants et les projections démographiques laissent estimer à 4 millions d’hectares - soit 10 fois la surface de New-York - les besoins en urbanisation des deux prochaines décennies.

Ce contexte particulier crée une dynamique, une urgence d’agir qui se ressent dans la conception des projets urbains et architecturaux. La ville durable est également une question de « génie du temps ». L’exemplarité urbaine varie dans le temps; les acteurs de la ville doivent se méfier des projections trop futuristes, trop souvent éloignées de la réalité par la suite.

Les villes sont devenues le nouveau biotope des hommes, et constitueront pour certains leur unique lieu de vie. Les réinventer devient urgent pour préserver notre Planète et le bien-être de l’humanité.

« On est à l’aube d’un retour au plaisir de vivre en ville. »
Jacques Ferrier, architecte

 

Si l’urbanisme et l’architecture ont toujours été confrontés à un désir de la société, il s’agit aujourd’hui de répondre au désir d’une ville plus responsable de notre environnement ! La transition est à la fois environnementale, économique et sociale. Elle appelle à des évolutions de nos modes de consommation, de nos modèles économiques et de nos modes de vie. L’usager citoyen est l’acteur clé du changement.

Les solutions existent, il est possible de lutter contre le changement climatique tout en améliorant notre qualité de vie urbaine. Pourvu que nous agissions vite.

 

Consultez l'intégralité de la restitution

 

1/Synthèse des plénières : ici

2/Synthèse des tables ronds

• Nature en ville : Biodiversité urbaine et lutte contre le changement climatique

• Vers une ville zéro déchet : Réduction, gestion et valorisation des déchets urbains

• Usages et modes de vie : Le rôle des citoyens pour réinventer les villes Smart cities

• Mieux vivre ensemble grâce au numérique

• Bâtiment et énergie : Sobriété et performance du mix énergétique

• Nouveaux services de mobilité : Quelles solutions pour la logistique urbaine du dernier kilomètre ?

• Résilience urbaine : Quelles adaptations pour les villes face aux impacts du changement climatique ?

• Nourrir la ville par la ville : Le rôle de l’agriculture urbaine