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Demain, vivrons-nous tous en coliving ?

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Né aux États-Unis, le coliving s’est implanté dans le paysage urbain français depuis une dizaine d’années. Le principe : partager son lieu de vie ! Un concept à l’opposé du proverbe « mieux vaut un petit chez soi, plutôt qu’un grand chez les autres ».

coliving

Le rapport au logement des Français ne cesse d’évoluer. En 2022, il poursuit naturellement sa transformation – fortement boostée par ces temps de crises multiples (sanitaire, financière, écologique…). Pour certains, le bien-vivre est apparu dans le coliving. Un concept selon lequel un logement peut parfaitement accueillir plusieurs personnes sans qu’elles soient d’une même famille. Mais que faut-il retenir de cette tendance de l’habitat partagé ? Quelle trace le coliving va-t-il laisser sur nos habitudes de vie individuelle ? Quel en sera l’impact sur la construction ?

Le coliving, un choix gage de confort, d’espace voire de liberté

Solitude, praticité, manque d’espace ou tout simplement de logements disponibles… Les raisons qui poussent certains Français vers l’habitat partagé – dit coliving – sont nombreuses. Selon le dernier sondage Elabe diligenté par la Fédération des Promoteurs Immobiliers (FPI), 70% des Français estiment que le nombre de logements disponibles dans l’Hexagone n’est pas suffisant, et plus de la moitié considère que la qualité du parc de logement n’est pas à la hauteur. En 2022, l’habitat semble être de plus en plus associé à une fonction sociale. Pour preuve, près de neuf Français sur dix considèrent l’accès au logement comme un facteur essentiel d’intégration et de cohésion sociale. Toutefois, entre partager un espace extérieur tel qu’un potager ou un jardin et partager son salon et sa cuisine, la différence est de l’ordre de la vie privée. Dès lors, jusqu’où l’envie de partage peut-elle aller ?

 

Un virage vers l’habitat serviciel

Jusqu’à présent, « le coliving a essentiellement concerné des projets de transformation de bâtiments existants, explique Julien Schmid, Directeur marketing stratégique chez Bouygues Construction. Avec la colocation, cela s’est, in fine, « toujours » fait, mais de manière informelle et dans des logements traditionnels partagés par des jeunes. Et maintenant plus seulement par des jeunes d’ailleurs, mais aussi de plus en plus par des séniors qui se tournent vers le coliving plutôt que vers des EPHAD ou des résidences qui leur sont dédiées. Concrètement, le concept du coliving c’est donc une forme d’institutionnalisation de la colocation, agrémentée de services complémentaires. Et c’est cette notion de services dans l’habitat qui peut représenter un tournant pour les constructions de demain ! »

 

En effet, au-delà de la possibilité de partager des espaces communs généreux au prix d’espaces individuels réduits, le coliving répond à un besoin de fonctionnalité. L’offre actuelle ne se limite pas à un gain d’espace commun, il permet à l’habitat de faire un pas de géant vers le serviciel. Traduction ? De proposer dans l’habitat des services à l’image de ceux présents dans l’hôtellerie ou les auberges de jeunesse. Alors, réelle tendance de fond ou simple effet de mode permettant à des personnes de se créer un lieu répondant à leurs besoins – en l’absence de solutions adéquates sur le marché ? L’avenir le dira ! Toutefois, le coliving, de par sa médiatisation, impacte forcément le regard des métiers de la construction qui cherchent à créer des habitats adaptés aux besoins des usagers, aux enjeux environnementaux et démographiques. Un déclic – s’il en fallait – sur le fait que la mutualisation de certains espaces et la mise en place de services pratico-pratique ne sont pas réservées qu’aux bâtiments de bureaux. Buanderie commune, terrasses et jardins partagés, services numériques, peuvent aussi intéresser les particuliers, quel que soit leur âge.

 

« Le coliving, c’est quelque part la rencontre de deux mondes : celui du tertiaire et celui du logement, précise Julien Schmid. Avec ce concept d’habitat partagé, l’exploitation des bâtiments de bureaux et les services associés, ce qu’on appelle les hospitalités, sont en train d’intégrer le monde du logement. L’offre Neoz que développe Linkcity en est un parfait exemple. Cela met d’ailleurs en lumière tout le potentiel du numérique. Ce dernier est beaucoup plus présent dans les lieux partagés que dans les logements traditionnels. Et ce, pour différentes raisons : la sécurité, la mise en relation, le vivre ensemble, l’optimisation de l’exploitation et de la gestion technique, l’utilisation des espaces partagés… »

 

Le coliving : révélateur d’un besoin de lien social

« C’est indéniable, avec la crise sanitaire que nous venons de vivre, la recherche de lien social est une attente majeure de la part des Français, souligne le Directeur marketing stratégique de Bouygues Construction. Elle se matérialise pour le moment entre autres par le développement du coliving. Cependant, tout l’enjeu pour les acteurs de la construction est de parvenir à créer ce lien social dans des projets autres que ceux de l’habitat partagé. Pour cause : tout le monde n’a pas l’envie de partager son logement, bien au contraire. Mais la grande majorité des Français souhaiterait plus de lien social, plus d’espace et plus d’accès à des espaces extérieurs. En bref : les usagers veulent une qualité de logement supérieure et une offre de services complémentaires afin de mieux vivre. Pour répondre à ces attentes en tenant compte des contraintes financières qui pèsent sur chaque individu, la mutualisation est une des solutions. Coup double, elle représente également une réponse à l’enjeu climatique de réduction des émissions carbones. Car disons-le, face aux enjeux climatiques, il faut certes mieux construire, mais nous devons aussi mieux utiliser les bâtiments. En pratique, intensifier l’usage d’un bâtiment permet de construire moins de m2 puisque ceux construits seront mieux exploités. » En d’autres termes : l’évolution de l’habitat passera aussi par une évolution de son exploitation !

 

Des habitants acteurs des projets de construction : l’une des clés du lien social

Et si le coliving était finalement révélateur de l’envie d’être quelqu’un aux yeux de ses voisins – au-delà d’un nom sur une sonnette ? Et si au travers du coliving, les Français souhaitaient apporter l’esprit de village dans leur intérieur, leur bâtiment et même leur quartier ? « Outre l’habitat partagé, on peut créer un lien social entre les habitants en leur permettant de devenir acteurs de leur quartier. Et cela se joue dès la phase amont d’un projet ! Pour construire des logements à la hauteur des attentes des citoyens, il est plus que jamais nécessaire de les intégrer et de les prendre en compte dans le développement des projets de construction. » C’est tout l’objectif de l’initiative CityPlay créée il y a quelques années par Bouygues Construction. Le principe ? Un méli-mélo de solutions aussi ludiques que sérieuses dédiées à une fabrique urbaine collaborative. « 13 dispositifs ont été identifiés par le Groupe afin d’intégrer les citoyens dans le développement des projets.

  • Un serious game qui permet de faire participer toutes les parties prenantes d’un projet à la conception.
  • L’urbanisme transitoire qui préfigure les futurs usages d’un site.
  • La création d’association de quartier.
  • La création d’applications de quartier pour échanger, se prêter des choses.»

De quoi inventer une nouvelle relation – plus active et participative – à l’immobilier !