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La gare de demain : enjeux et perspectives

5 minutes de lecture

Partagée entre un ici et un ailleurs, la gare est une centralité essentielle des villes de demain. Au centre de bouleversements majeurs à différentes échelles, elle fait l’objet de nombreuses innovations qui dépassent le champ de la mobilité. Après une démarche ouverte et collaborative sur la mobilité, donnant lieu au cahier de tendances « Villes & mobilités, réinventer les proximités », nous nous intéressons aujourd’hui aux perspectives de la gare de demain.

Un espace qui cristallise les tensions entre usages, image et valeur économique

A la fois marqueur territorial et socle de développement de la période industrielle dans la deuxième moitié du XIXème siècle, la gare est un objet fondamental du paysage urbain. Néanmoins, celle-ci est diverse par sa localisation (urbaine, périurbaine, rurale), sa taille (des dizaines de passagers par jour à des centaines de milliers) et sa dimension multimodale (transport métropolitain et régional, métro, TGV, etc.).

Avec une valeur symbolique forte, les grands projets de réinvestissement dans les gares historiques témoignent des conflits autour du devenir de ces lieux centraux dans les métropoles. Dans l’imaginaire collectif, les gares sont des espaces hybrides, porteurs de valeur du fait de leur localisation sur le territoire mais en proie à des rapports de force entre différents acteurs. Plusieurs sources de tension peuvent être à l’origine de ces conflits d’usage et d’aménagement.

 

Des lieux de vie hybrides accueillant de multiples usages

La gare est un espace de sociabilité par excellence. C’est en partie parce que depuis quelques décennies celle-ci se veut être davantage une destination en soi et plus seulement un point de passage. En y développant des espaces connexes à leur activité ferroviaire, les gares se sont transformées en des territoires hybrides accueillant mobilité et usages divers.

Ces usages, pouvant aller du simple fait de consommer jusqu’à travailler, se divertir, se soigner, se détendre, etc. permettent à la fois de fidéliser l’utilisateur final, en lui facilitant son quotidien et de générer des recettes complémentaires. Ainsi, pour faire partie intégrante d’un quartier urbain, les gares ont su se réinventer en améliorant leur attractivité (propreté, convivialité, etc.) à travers des aménagements et des services qui visent à lui conférer une dimension sociale et territoriale forte au-delà de l’aspect ferroviaire.

Ces préoccupations de la part des gestionnaires des gares s’inscrivent dans une logique d’attractivité de l’usager et de mise en valeur des espaces, avec par exemple l’appel à projet « 1001 Gares »[2] de la SNCF qui vise à promouvoir les investissements individuels dans les locaux disponibles des gares françaises. La recherche d’exploitants est intimement liée aux nouveaux usages de la gare, proposant ainsi des espaces de coworking, des crèches, des consignes, etc.

Vers un monde de mobilité sur-mesure ?

La conception des espaces de mobilité repose depuis les années 2000 sur le postulat d’une croissance de la demande et de la fréquentation. Connectée et rapide, la gare n’a cessé d’être le lieu expérimental de ces avancées technologiques promouvant une mobilité accrue. Aujourd’hui et demain, elle se transforme en un hub multimodal où se rencontrent une variété de types de transport, allant du véhicule particulier ou professionnel (voiture, taxi…) aux transports collectifs publics (bus, métro, trains métropolitains et régionaux…) en passant par les véhicules partagés (vélo, scooter, trottinettes…). Cette volonté d’accompagner l’utilisateur final jusqu’au « dernier kilomètre » permet de proposer une offre de transport optimale, réduisant temps de trajet, kilomètres parcourus et empreinte carbone.

C’est ainsi que la RATP annonçait le rachat de Mappy[3] en novembre 2020 avec pour objectif de développer une application qui permette, au quotidien, de choisir le moyen de transport correspondant aux besoins de chacun et chacune (le plus rapide, le plus durable…), de le réserver et de le payer au sein même de l’application, évitant ainsi les désagréments techniques ; c’est la mise en application du concept anglosaxon MaaS : Mobility as a Service.

Comme évoqué dans un précédent article, les récents évènements mondiaux ont montré que la tendance croissante à la démobilité n’était pas un phénomène en marge mais bien une dynamique pérenne. Les mobilités douces et durables sont le fer de lance des Etats européens, des sociétés de transport qui cherchent à réduire leur empreinte environnementale et les usagers qui sont de plus en plus sensibles à ces enjeux. On observe par exemple une forte croissance de la pratique du vélo depuis une dizaine d’années à Paris mais également dans le reste de l’hexagone. La crise sanitaire liée à la Covid-19 est un véritable tournant dans l’émergence de ces pratiques : +60% de fréquentation des pistes entre 2019 et 2020 à Paris[4]. La gare de demain doit être davantage dotée en termes de stationnement, en prenant compte de la démocratisation des mobilités douces mais également électriques (bornes de recharge). L’enjeu se trouve justement dans la nécessité de proposer de nouveaux modes de déplacement, plus respectueux de l’environnement, plus accessibles et efficients.

Et si demain ? Une perspective sur le temps long

Multimodale et multifonctionnelle, la gare de demain se dessine comme étant un incontournable de l’espace public urbain.

Et si demain les gares évoluaient dans un monde environnementalement instable ? Les aménagements urbains doivent désormais composer avec des défis environnementaux, allant du dérèglement climatique à la question énergétique. La gare de demain s’inscrit également dans une perspective durable et résiliente. AREP a récemment reçu le Grand prix national de l’ingénierie pour le réaménagement de la gare Saint-Michel Notre-Dame à Paris. Ce hub d’interconnexion entre des lignes de métro et de RER a été mis en valeur tout en tenant compte des contraintes naturelles et environnementales extérieures. Ainsi, l’une des solutions innovantes proposée repose sur des caissons vitrés, résistants aux crues de la Seine et permettant de résoudre les problématiques de luminosité, de bruit et de qualité de l’air (ventilation, filtration).

Et si demain une consommation locale et durable devenait la norme ? En Europe et en France, la tendance à une consommation plus réfléchie, en relocalisant l’alimentation et en développant des circuits courts efficaces et propres, se dessine comme un enjeu futur. Le ferroviaire, plus écologique, plus sûr, plus rapide et moins cher que les autres types de transport existants, est un élément incontournable de cette transformation des pratiques alimentaires. La France a une grande marge de progression quant à l’utilisation du fret ferroviaire puisque ce sont seulement 9% des marchandises qui sont transportées par rail en 2020, contre 35% en Suisse[5]. Longtemps considéré comme peu rentable à l’inverse des lignes grandes vitesses et des trains régionaux, le fret fait son grand retour, soutenu par l’Etat avec le « plan de reconquête ferroviaire »[6].

Et si demain la gare était un véritable lieu de vie intégré au quartier ? Pour s’inscrire dans l’espace et dans le temps, la gare de demain doit participer à la vie de quartier. Dans le cadre du bas-carbone, elle peut être un laboratoire de la transition écologique. L’Allemagne a été le premier pays en 2018 à proposer un train fonctionnant uniquement à l’hydrogène dans la région de Basse-Saxe, se plaçant comme pionnière dans l’innovation des carburants propres[7]. Ce volet écologique est de plus en plus attractif pour les utilisateurs et les commerces envisageant de s’installer dans les gares de demain. Pour être intégrée au quartier et devenir un véritable lieu de rencontre, la gare doit être innovante et s’inscrire dans les attentes de ses futurs utilisateurs.

Et si demain…… ?

[1] https://www.researchgate.net/publication/324113646_La_gare_moderne_vers_un_espace_de_production_de_service_global

[2] https://www.1001gares.fr/

[3] https://www.ratp.fr/groupe-ratp/newsroom/innovation/viva-technology-2019

[4] Ville de Paris, 2020, https://www.paris.fr/pages/bilan-des-deplacements-a-paris-en-2020-8121

[6] Banque des Territoires, 2021, https://www.banquedesterritoires.fr/une-nouvelle-strategie-nationale-pour-relancer-le-fret-ferroviaire

[7] https://www.euractiv.com/section/future-of-mobility/news/worlds-first-hydrogen-train-leaves-station-in-germany/