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La rénovation énergétique, moteur des nouveaux usages

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Si l’amélioration de la performance énergétique est essentielle lors d’une opération de rénovation, elle n’est pas la seule attente des maîtres d’ouvrage. Les fonctions clés du bâtiment visant à intégrer les usages sont tout aussi importantes. Des problématiques à questionner sous tous leurs aspects : aménagement, digitalisation, occupation de l’espace, qualité de vie au travail…

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Rendre les bâtiments plus durables, répondre aux enjeux sociétaux et défis techniques tout en anticipant les changements d’usage, tels sont les trois piliers d’une rénovation énergétique réussie. « En effet, précise Fabrice Poline, de la direction prospective et marketing stratégique Bouygues Construction, ce type de travaux, outre l’amélioration de la performance énergétique, offre l’opportunité de réfléchir à la façon dont les espaces sont utilisés, à l’optimisation de l’exploitation et à l’amélioration de l’expérience utilisateur. »

Solutions à configuration variable
Concernant le volet technique de ces projets parfois très complexes (en milieu occupé comme en site libre), des outils sont mis en place pour accompagner le maître d’ouvrage. Bouygues Bâtiment Ile-de-France a, par exemple, élaboré une grille de solutions à configuration variable, qui s’adapte en fonction des objectifs et des ressources. Cet accompagnement passe également par la Garantie de consommation / performance énergétique : un engagement sur la consommation réelle du bâtiment, un service de maintenance et un programme pédagogique de sensibilisation des résidents aux bonnes pratiques énergétiques.

Mais l’optimisation peut aller beaucoup plus loin. C’est là qu’intervient la réflexion sur les usages. Et Fabrice Poline de souligner : « Il est possible de réduire les espaces occupés sans impression de perte de confort et en créant davantage d’opportunités d’échanges entre les équipes. Cela implique d’abord un audit sur la façon d’utiliser ces espaces, réalisé à partir de la collecte – anonymisée – de différents types de données. Celles-ci permettent ensuite de faire des préconisations en fonction des pics d’utilisation : par exemple, réduire une salle de réunion de 15 à 10 personnes ou un open space qui n’est utilisé qu’à 70%. Lors du réagencement, il faut aussi prendre en compte les interactions entre équipes, et leurs tâches respectives pour quantifier et dimensionner les types d’espaces (lieux de création, de réunion, de réflexion, pour téléphoner…). Sans oublier l’apport éventuel de nouveaux outils collaboratifs cohérents avec la culture d’entreprise, pour accompagner cette transition. »

Révolution digitale
De fait, se pose aussi la question du taux d’occupation. Sur des bâtiments performants, les consommations d’inoccupation ont, en effet, une place prépondérante. Ainsi, après avoir diminué la puissance nominale, il importe de considérer le fonctionnement et les consommations en inoccupation. De nombreux spécialistes savent que là résident les plus gros gisements d’économies d’énergie. Cette approche passe par la révolution digitale, soit le passage du bâtiment passif – il agira toujours de la même façon – au bâtiment actif et intelligent qui, lui, est en capacité de s’adapter grâce aux données provenant de multiples capteurs : « Les différents espaces d’un immeuble de bureaux peuvent être gérés automatiquement en fonction de leur occupation réelle : lumière, ventilation et chauffage seront réglés différemment selon que la pièce est vide ou occupée par 3 voire 10 personnes », détaille Fabrice Poline.

Pour Fabrice Poline, il est permis de pousser encore plus loin cette logique de maximisation : « Un immeuble de bureaux est utilisé en moyenne 60 % du temps : augmenter ce taux est un véritable enjeu économique. Certains espaces se prêtent bien à la mutualisation ; un hall d’entrée, un restaurant d’entreprise (RIE) ou un toit-terrasse peuvent être aménagés pour d’autres usages en dehors des heures de bureaux : coworking, café-lounge, corners commerciaux et serviciels. Avec à la clé, des revenus additionnels, l’apport de nouveaux services et du lien avec le quartier. On entre alors dans une logique de “Bâtiment Hybride à Economie Positive”. » La performance technique permettant la maîtrise des consommations est ainsi complétée d’une dimension servicielle et sociétale par l’ouverture de l’immeuble de bureaux sur la ville.

Requalification par épaississement surélévation
Dans le secteur du logement, les travaux de rénovation énergétique sont aussi l’occasion d’aller plus loin, avec des projets qui allient la rénovation proprement dite et la requalification par l’épaississement des façades ou la surélévation des bâtiments. Pour la ville, un gain évident de surface puisque l’on densifie sans s’étaler. Quant aux maîtres d’ouvrage et d’œuvre, ils ont là l’opportunité de requalifier, de régénérer les bâtiments en augmentant leur surface. Il ne s’agit pas simplement de poser un ou deux étages supplémentaires ou d’épaissir les façades pour une meilleure performance thermique. L’ambition est aussi de démontrer que l’image parfois négative d’un bâtiment peut être modifiée. Cette métamorphose architecturale et urbaine lui redonne valeur et attractivité, notamment à travers l’optimisation du confort et de l’espace.

Usage et faisabilité technique
Les architectes Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal s’en sont presque fait une spécialité : par exemple, la rénovation-requalification, à Paris, de la tour Bois-Le-Prêtre (Equerre d’argent 2011) ou, plus récemment à Bordeaux, avec les architectes Frédéric Druot et Christophe Hutin, la réhabilitation en site occupé, pour le bailleur Aquitanis, des résidences Gounod, Haendel et Ingres, au Grand Parc. L’ensemble, construit dans les années 1960 et composé de 530 logements répartis sur trois barres en R+15 et R+10, a gagné huit appartements supplémentaires sur les toits et l’adjonction d’espaces extérieurs privatifs pour les logements existants. Reposant sur des piliers de béton fondés sur 18 mètres de profondeur, ces structures extérieures représentent, pour chaque logement 25 à 45 m2 de jardins d’hiver et balcons. Ce qui est considérable. Des projets qui impliquent une nécessaire réflexion sur l’usage et la faisabilité technique, bien sûr essentielle. Le développement de systèmes constructifs légers, préfabriqués et rapides à mettre en œuvre facilite ces opérations, qui vont dans le sens d’une industrialisation.

Rénovation par étapes
Les questions financières, organisationnelles ou techniques peuvent être des freins importants. D’autres approches existent, certes plus modestes mais néanmoins nécessaires. Car rappelons-le, l’urgence est la massification de la rénovation thermique des bâtiments avec un objectif fixé par la loi de transition énergétique de 2015 : niveau Bâtiment basse consommation (BBC) en 2050 pour l’ensemble du parc français. Pour y parvenir, certains préconisent une démarche par étapes : « Si une rénovation globale n’est pas envisageable, inscrivons le bâtiment dans cette logique jusqu’en 2050. Il convient donc de définir des étapes intermédiaires pour être en conformité avec la loi et être BBC à la date », explique Yann Dervyn, directeur d’Effinergie*. L’association a produit, l’année dernière, une étude sur les dispositifs nationaux et locaux, qui accompagnent les trajectoires de rénovation BBC avec ce « phasage ». Il en ressort qu’il n’y a pas une recette spécifique mais deux approches ont été identifiées : « La première consiste à réaliser un audit du bâtiment concerné. Chaque construction a une histoire qu’il importe d’examiner ou de réexaminer avant travaux, ce qui permet de définir une trajectoire de rénovation compatible. La seconde revient à classer les bâtiments selon des grandes familles sur un territoire donné – dans ce cas, il n’y pas d’audit. A chaque famille s’applique une typologie précise de travaux. » Des approches qu’il ne faut pas opposer, mais adapter aux situations rencontrées : « Massifier imposera probablement de passer par un système d’identification, de classement des bâtiments par typologie pour appliquer des solutions standardisées », commente Yann Dervyn. On en revient donc à l’industrialisation des opérations de rénovation – avec un bémol toutefois : « Je ne suis pas sûr que nous soyons mûrs pour systématiser cette approche. »

*Effinergie ou Collectif Effinergie est une association française créée en 2006, qui a pour objectif de promouvoir les constructions et rénovations de bâtiments basse consommation.