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Les villes se donnent les moyens de la neutralité carbone

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Responsables de 67% des émissions de GES à l’échelle mondiale, les villes sont en première ligne face à ce défi. Deux secteurs très émetteurs, les transports et le bâtiment, les concernent directement. Quelles sont leurs marges de manœuvre et trajectoires pour devenir bas carbone et compatibles avec la neutralité carbone ? Quels sont les atouts de l’échelle locale ?

En 2015, l’Accord de Paris actait le retour d’une ambition internationale en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. Dans la foulée, le Giec traduisait de façon claire et implacable les efforts concrets à fournir pour atteindre l’objectif de limitation de la hausse de la température moyenne à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels : réduire de 45% les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030 et atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. A cette date, la quantité de GES émise chaque année sur un territoire devra être équivalente à la quantité de CO2 absorbée par les puits de carbone de ce territoire (forêts, sols, …).

Responsables de 67% des émissions de GES à l’échelle mondiale[1], les villes sont en première ligne face à ce défi. Deux secteurs très émetteurs, les transports et le bâtiment, les concernent directement. Quelles sont leurs marges de manœuvre et trajectoires pour devenir bas carbone et compatibles avec la neutralité carbone ? Quels sont les atouts de l’échelle locale ?

 

Neutralité carbone des Villes : de l’engagement à la feuille de route opérationnelle

Conformément à l’engagement pris en signant l’Accord de Paris, les Etats élaborent leurs politiques climatiques et se dotent de moyens législatifs pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. En France, la Stratégie Nationale Bas Carbone fixe les budgets-carbone et donne des orientations par secteur pour mettre en œuvre la transition vers une économie bas carbone tandis que la loi énergie-climat de novembre 2019 entérine l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050.

Si l’Accord de Paris a marqué un tournant au niveau étatique, certaines villes n’ont pas attendu cette étape pour prendre des engagements. Celles d’Europe du Nord, en particulier, ont très tôt affiché leur ambition en la matière. Dès les années 90, la Ville de Växjö, en Suède, envisageait de diminuer drastiquement le recours aux énergies fossiles. En 2009, elle affichait déjà une réduction de ses émissions de l’ordre de 25%. La même année, Copenhague affirmait son intention de devenir la première capitale au monde avec « zéro émission » de CO2 en 2025.

« Quand les Etats en sont encore aux déclarations d’intention, ces villes sont déjà impliquées dans des agendas opérationnels précis et évalués chaque année », analyse l’économiste et urbaniste Jean Haëntjens, dans un dossier de la revue Urbanisme consacré à la ville bas carbone. Cela est d’autant plus vrai aux Etats-Unis, où la procédure de retrait de l’Accord de Paris est officiellement enclenchée et où une coalition de Villes, d’Etats et d’entreprises, a pris le relais et s’engage à respecter les termes de l’Accord.

Stratégies et projets de ville neutre en carbone : exemples de Paris et La Rochelle

Aujourd’hui, les initiatives se multiplient dans les territoires. Nombre de Villes, à l’instar de Paris, Constance (Allemagne), Madrid, New York, ou plus récemment, Strasbourg et Bordeaux, se déclarent en « état d’urgence climatique ». Ces dernières redoublent d’efforts et peuvent s’appuyer sur de puissants réseaux, à l’image du C40 (Cities Climate Leadership Group), pour peser sur le débat.

En 2017, une vaste étude prospective et stratégique « Paris change d’ère », commandée par la municipalité parisienne détaillait la trajectoire à suivre pour que la capitale atteigne la neutralité carbone d’ici 2050 : réduction de 70% des émissions brutes malgré une augmentation de 200 000 habitants, compensation de 10% grâce à des énergies renouvelables localisées dans ou en dehors du territoire et séquestration des 20% restants par puits de carbone. Pour y parvenir, le groupement prestataire de l’étude (groupe Egis, mandataire, associant Quattrolibri, Mana et Egis Conseil) proposait une liste de mesures emblématiques à adopter :

  • 6 millions de m² de toitures solaires
  • Rénovation jusqu’à 75% du parc de logements actuels
  • 150 hectares d’agriculture urbaine
  • 75% de demitariens ou flexitariens en 2050 (régimes alimentaires à teneur réduite en sources animales)
  • Division par 2 des déchets par habitant
  • 2 fois moins de voitures et 2 fois plus remplies, en mode partagé
  • Passage massif aux voitures électriques
  • 52 week-ends sans voiture par an en 2050
  • Transformation du périphérique en boulevard urbain
  • 5 fois plus de fret passant par la Seine

Plus récemment, en septembre 2019, l’appel à projets national « Territoires d’innovation » consacrait « La Rochelle Territoire Zéro Carbone » lauréat. Mobilité électrique et promotion des modes actifs, rénovation énergétique massive des bâtiments, protection des puits de carbone naturels (zones de marais), réemploi et réutilisation de déchets et développement de l’autoconsommation d’énergies renouvelables sont des incontournables de ce projet qui vise la neutralité carbone dès 2040. Le quartier bas carbone Atlantech, situé à Lagord au nord de La Rochelle, fera figure de démonstrateur de la transition écologique et énergétique dans sa conception, sa réalisation et son exploitation.

Véritable atout du projet, la mobilisation de 130 partenaires publics et privés autour de cette ambition commune est sans conteste un levier clé pour sa réussite, favorisant la coopération entre acteurs :

  • mise en place d’un marché du carbone local sous forme de Société coopérative d’intérêt collectif (Scic) pour acheter ou vendre des crédits carbone,
  • coopération entre entreprises pour réduire, réutiliser et réemployer les matériaux et déchets professionnels,
  • coopération entre les pouvoirs publics et les acteurs socio-économiques pour agir sur les postes les plus émetteurs (transports, bâtiment, déchets).

La ville bas carbone, une ville de la sobriété

Ces projets récents portent une vision de la ville bas carbone qui va au-delà d’une simple approche par le binôme carbone-énergie. Dans cette perspective, la ville bas carbone ne saurait être réduite à une ville sans énergies fossiles. Elle repose avant tout sur une logique de sobriété du territoire dans tout ce qui le compose (habitants, institutions, entreprises, infrastructures, flux, réseaux) et qui passe notamment par :

  • la minimisation de l’empreinte environnementale par habitant,
  • une approche globale de la fabrique urbaine en faveur d’une performance de conception, de réalisation mais aussi d’exploitation (usages d’un quartier limitant les émissions de carbone),
  • la recherche de frugalité du métabolisme urbain (flux entrants, sortants ou stockés de marchandises, de construction, de déchets, alimentaires) pour limiter les émissions de GES induites par le fonctionnement de la ville sur un territoire plus vaste.

Articulation des échelles (bâtiment, îlot, quartier, ville, macro-territoire), conciliation de sobriété et de qualité de vie, gouvernance favorisant les coopérations entre territoires et entre acteurs et inclusivité permettant l’implication de chacun sont des piliers de la ville compatible avec la neutralité carbone.

[1]  « Le Défi Climatique des Villes », juillet 2018. WWF France / EcoAct

 

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