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Le grand public est-il prêt pour les matériaux de seconde main ?

4 minutes de lecture

Quel que soit le secteur, le marché du reconditionné profite depuis quelques années d’une belle envolée – témoin de l’évolution des modes de consommation.

matériaux seconde-main BTP

Les individus sont de plus en plus nombreux à opter pour des produits et objets du quotidien ayant déjà eu une vie. Pour eux, exit la consommation en masse de produits neufs – rapidement jetés. Vêtements, ameublements, technologies… Tout ce qui s’achète (ou presque) peut être utile à plusieurs personnes/familles sans pour autant être étiqueté comme « neuf ». Une pensée qui ne date pas d’hier, mais qui semble s’intensifier – portée par un contexte social, économique et écologique propice. Pour autant, ce principe de seconde main peut-il dépasser les frontières du petit quotidien et s’imposer dans des secteurs comme celui du logement, où l’investissement individuel est lui aussi à plus long terme ? Début de réponse avec l’éclairage de Joanna Férrière, manager Economie circulaire chez ELAN, filiale de Bouygues Bâtiment France Europe spécialisée dans le conseil, l’étude, le pilotage de projets et de travaux dans l’immobilier et la construction durable.

Le concept de seconde main peut-il s’appliquer au secteur de la construction ?

« L’époque est marquée par une véritable prise de conscience quant à l’importance de moins et mieux consommer nos ressources naturelles, d’augmenter la consommation locale et de réduire l’impact de l’Homme sur l’environnement. Cela a eu et a encore un impact direct sur l’essor du marché du reconditionné. Toutefois, ce type de consommation va aussi de pair avec une certaine notion d’économie », explique Joanna Férrière. Et pour cause, si de plus en plus de consommateurs se veulent plus raisonnés avec des actes d’achat à la fois citoyen et écofriendly, un grand nombre d’entre eux sont également en quête de bonnes affaires ! « Il y a une vraie attente quant au tarif des éléments de seconde main. Dès lors, si l’on veut que les convictions qui stimulent ces achats s’appliquent aussi lorsqu’il s’agit d’un bien représentant l’achat d’une vie, un travail de sensibilisation doit être mis en place. Notamment pour expliquer que les matériaux de réemploi dans la construction à l’inverse des objets du quotidien présents sur les plateformes de vente entre particuliers  doivent répondre de leurs performances devant un bureau de contrôle. Ils doivent être couvert par les assurances produit (assurances du maître d’ouvrage, du constructeur et de tous les sous-traitants d’un chantier) au même titre que les produits neufs. En pratique, avant de réutiliser des matériaux, ils sont remis en état de sorte que chacun atteste des qualités intrinsèques à leur première installation ! » 

 

Chez Bouygues Construction, tous les métiers déjà engagés dans le réemploi

« Nos ressources naturelles sont limitées, nous le savons ! Pour pouvoir continuer à construire, nous devons sortir de la consommation linéaire, changer de mode constructif et de matériaux », poursuit la manager d’économie circulaire d’ELAN. C’est la pratique qui consiste à prélever, utiliser, jeter. Un virage que le groupe Bouygues Construction a enclenché il y a déjà près de sept ans. Une démarche qui au fil des années s’est intensifiée – passant de certaines initiatives isolées à la construction de partenariats à grande échelle. « Des actions de réemploi se déploient actuellement sur l’ensemble des chantiers du Bâtiment, des Travaux Publics et des Énergies et Services. De futures nouvelles habitudes de construction sont en cours : la déconstruction sélective qui vise à déposer proprement, réutiliser, réemployer et recycler le maximum de matériaux ; l’achat de matériaux de finitions intérieures issus du réemploi (faux plancher, peinture, cloison, moquette, porte…). Un important travail de prospection est aussi mené en ce moment pour permettre aux matériaux utilisés d’être réemployables dans le futur. » La démontabilité et la réversibilité des bâtiments sont, en ce sens, en ligne de mire de la R&D de Bouygues Construction.

 

Réemploi de matériaux : à quand l’acceptation du grand public ?

« Lorsqu’il s’agit d’un parquet de seconde main, on sent encore pour le moment  une certaine réticence de la part des acquéreurs finaux. Lors de l’achat d’un logement, les futurs propriétaires veulent du durable, du solide, du fiable ! Le maximum de garanties quant à la durée de vie en bon état d’un logement qu’ils paieront sur 20 ou 25 ans. Actuellement, le réemploi dans le cadre d’un lieu de vie n’apparaît pas pour le grand public comme quelque chose d’efficient, de suffisamment « propre » ou à valeur ajoutée. Pourtant, le réemploi permet d’accéder à des matériaux difficilement accessibles financièrement comme du parquet en chêne massif, une cheminée en marbre… Le réemploi donne la possibilité d’apporter le cachet de l’ancien au neuf !  Le vrai challenge pour le secteur du bâtiment, et plus largement pour tous les métiers de la construction et de l’aménagement, est donc de rendre attrayant le réemploi. Notamment via une phase de remise à niveau. » Étape qui permet de livrer des bâtiments avec la qualité du neuf, pour un impact environnemental réduit à un coup identique voire inférieur. « Outre l’évaluation de la performance, le grand public doit comprendre qu’une opération de réesthétique est réalisée sur chaque élément de construction réemployé afin de le rendre, in fine, indissociable d’un produit neuf. »

 

Tri, réemploi, recyclage : une quête longue mais pleine de bon sens !

Le réemploi de matériau est un long chemin qui implique différents professionnels et nécessite différentes étapes. « Dans un premier temps, nous cherchons des gisements de matériaux existants dans le second œuvre, la plomberie, le sanitaire, les placards ou encore les terres, explique Joanna Férrière. Bouygues Travaux Publics apporte, pour sa part, une attention particulière depuis plusieurs dizaines d’années à la gestion des terres, au remblai et au recyclage des granulats. Ce dernier est d’ailleurs réutilisé pour créer du béton pour le secteur du bâtiment. Lorsque nous avons un gisement de terre, nous vérifions qu’elle n’est pas polluée et retravaillons son PH avant de l’adapter à son futur usage. Nous construisons également des Technosols : des sols reconstitués à partir de déchets urbains et inertes comme ceux des Travaux Publics. C’est une solution très prometteuse pour arrêter de prélever encore et encore de la terre dans n’importe quel milieu naturel. »  

 

Le saviez-vous ?

Tunnel, métro, bâtiment… Tous nécessitent d’excaver les sols. Traduction ? De retirer de la terre. Cette dernière, en fonction de sa localisation, ne possède pas nécessairement une valeur agronomique suffisante pour accueillir le vivant de manière satisfaisante. La coupler à de la matière végétale / organique lui permet de retrouver l’équilibre minéral/humus nécessaire à de nouveaux usages plus verts. On parle alors de Technosol.

 

La déconstruction sélective : une action qui fait la différence !

Bouygues Bâtiment France Europe participe actuellement à la transformation des anciennes usines Blériot Aéronautique (ancien siège d’Airbus) en une résidence étudiante de 270 logements – jouxtant la SKEMA Business School de Suresnes dans les Hauts-de-Seine. Au total : 22 000 m² sont à réaménager. Grâce à la forte mobilisation de l’équipe travaux accompagnée des équipes ELAN et à son principe de déconstruction sélective, 85% des matériaux ont pu être réemployés / recyclés durant la phase de curage. Des matériaux qui, après remise en état, vont pouvoir entamer leur seconde vie :

  • 850 m² de faux planchers techniques
  • 900m² de plaques de parement de façade en béton
  • 50 m² de moquettes
  • 75 mL de cloisons vitrées
  • 40 mL de cloisons grande hauteur
  • 1 000 m² de faux plafonds
  • 5 portes coupe-feu
  • 110 stores intérieurs
  • 3 groupes froids
  • 1 groupe électrogène
  • 1 dizaine d’armoires électriques
  • 2 ponts roulants
  • 1 escalier en bois

 

Sur site, 12 flux ont également été triés puis envoyés en centre de valorisation (bois, verre, aluminium, acier, cuivre, inertes, DEE – appareils électriques et électroniques, plâtre, faux plafonds, laine minérale, sols et moquettes). La preuve, s’il en fallait encore, que rien ne se perd, tout se transforme !

Le saviez-vous ? Le diagnostic « produits, matériaux et déchets » bientôt obligatoire !

À compter du 1er janvier 2022, les opérations de rénovation significative et de démolition de bâtiments seront soumises à la réalisation d’un diagnostic portant sur la gestion des produits, équipements, matériaux et déchets issus des travaux. Une obligation imposée par deux décrets publiés au Journal officiel le 27 juin 2021 dans le cadre de la lutte contre le gaspillage et l’économie circulaire. Un nouveau virage en faveur du réemploi ? Totalement ! Le diagnostic devra fournir les informations nécessaires relatives aux produits, matériaux et déchets du bâtiment en vue de leur réemploi ou à défaut, de leur valorisation. Il devra par conséquent indiquer les filières de recyclage recommandées et préconiser les analyses complémentaires à effectuer pour s’assurer du caractère réutilisable de ces produits et matériaux. Une obligation qui devrait booster – voire généraliser – le réemploi dans le secteur de la construction, mais aussi le développement de nouvelles structures capables à la fois d’identifier et de traiter les éléments de seconde main, mettre en relation vendeurs et acheteurs.