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La réhabilitation des bâtiments : tremplin vers le zéro carbone ?

4 minutes de lecture

Pour réussir sa transition écologique et énergétique, le secteur du bâtiment doit revoir ses méthodes de construction, mais pas seulement… La réduction des émissions de gaz à effet de serre concerne aussi les immeubles anciens aux piètres performances énergétiques. Pour cause, le temps de renouvellement des habitations est de seulement 1 à 2% par an. Traduction : 60 à 70% du parc de logements de 2050 est déjà construit. Dès lors, pour atteindre – en moins de 30 ans – les ambitions de réduction carbone fixées par la France, une seule solution : réhabiliter ! Une alternative qui a l’avantage de s’intégrer parfaitement dans la démarche vertueuse de l’économie circulaire.

réhabilitation zéro carbone

Réhabiliter en favorisant le réemploi et le recyclage de tout ce qui peut l’être

Près de 46 millions de tonnes de déchets (gravats, bois, verre…) sont produits chaque année par le bâtiment. La moitié est issue des démolitions et plus d’un tiers de la réhabilitation(1). Cette dernière possède un rôle clé dans la gestion et la production des déchets du secteur. Tout d’abord, parce que seuls 10 à 30% de ses propres déchets sont revalorisés. Ce qui représente un levier d’évolution considérable ! Mais aussi parce que la réhabilitation est un moyen efficace pour lutter contre l’obsolescence des bâtiments. Une action ayant pour conséquence directe : la réduction du nombre de démolitions et donc de déchets. Exit la logique linéaire qui consiste à extraire, consommer et jeter. Grâce à la réhabilitation, il est tout à fait possible d’agir positivement sur la consommation énergétique et l’impact carbone d’un logement, le confort de ses occupants (bien sûr), mais aussi sur la quantité de déchets qu’occasionne sa remise aux normes. Toutefois, pour réussir à obtenir cette équation environnementale positive, la réhabilitation doit miser davantage sur le réemploi de matériaux.

CAP sur les matériaux de seconde vie   

Qu’il ait lieu au sein même d’un chantier ou qu’il nécessite un transfert vers une autre réhabilitation, le réemploi d’un matériau de déconstruction permet de réduire l’impact environnemental d’un bâtiment. Une action dont les répercussions positives vont d’ailleurs bien au-delà de la « simple » réduction du bilan carbone liée au transport et à l’utilisation de nouvelles matières premières :

    • Économie de la consommation d’énergie nécessaire à l’extraction d’un matériau « neuf »
    • Protection des ressources naturelles
    • Diminution des frais d’élimination des déchets et du volume de déchets à traiter sur le territoire
    • Réduction du coût d’achat des matériaux nécessaires à la réhabilitation

En réutilisant ce qui peut l’être, les projets de réhabilitation ont la possibilité de faire un pas de géant vers l’économie circulaire, et d’impacter efficacement les émissions carbone du secteur.

 

Réhabiliter en privilégiant les achats responsables

Dans la course effrénée vers la durabilité, on oublie parfois que la réutilisation ne date pas d’hier ! Depuis des millénaires, l’homme construit en réutilisant des pierres de construction ayant déjà servi. Bien sûr, il n’était pas – à l’époque – question d’économie circulaire ou de protection des ressources naturelles, mais juste d’une logique de diminution de l’effort et d’économie de moyens. Après la Seconde Guerre mondiale, l’industrialisation – véritable tournant de la construction – a permis à la France de se reconstruire rapidement. Seul bémol : l’industrialisation d’hier ne correspond pas à celle de nos jours, et tant mieux ! De nombreux matériaux polluants à durée de vie limitée ont fait leur apparition au cours du XXe siècle. Cependant, inutile de jeter la pierre au passé ! L’industrialisation d’aujourd’hui, telle qu’elle fonctionne et évolue, représente aussi pour sa part une solution pour accélérer la rénovation énergétique des bâtiments.

Achats responsables : des « pilotes Carbone » chez Bouygues Construction

Dans le cadre des engagements pris par le groupe en faveur des Accords de Paris sur le Climat, les Achats, concernés par 75 % de notre empreinte carbone, se sont fortement mobilisés. Des « Pilotes carbone » ont été chargés de dresser l’état des lieux et de répertorier les leviers d’action pour les 15 catégories identifiées comme les plus carbonées avec l’aide des directions RSE de chaque filiale. Les actions déjà en œuvre parmi nos fournisseurs sont naturellement encouragées, à l’instar de celle de l’entreprise Wicona autour de l’économie circulaire, proposant des fenêtres en aluminium recyclées qui divisent l’empreinte carbone du produit par 4.

 

Toutefois en 2021, l’heure repasse – avec un certain entrain – au savoir-faire français et à la production locale de matériaux. Pour cause, ils représentent une carte maîtresse dans l’évolution durable du secteur de la construction. En pratique, utiliser des écomatériaux, c’est l’occasion de mobiliser des savoir-faire traditionnels et de proximité, de réduire l’empreinte écologique des bâtiments existants tout en contribuant à l’essor de nouvelles filières de valorisation ou de matériaux fabriqués grâce aux ressources présentes sur le territoire.

 

La paille : exemple d’un déchet français performant et durable

La paille est un résidu agricole présent en très grande quantité sur le sol français. « Un déchet vertueux à de nombreux égards, comme l’expliquait dans un précédent article Thierry Jost, Référent Biosourcé chez Bouygues Bâtiment Île-de-France – Ouvrages Publics-Brézillon. Circuit court, bas carbone, très bonne performance thermique, ce matériau renouvelable permet d’isoler en faisant appel au réseau français de construction en paille plutôt que de faire venir des matériaux de construction d’autres pays, continents. » Un matériau qui permet de diminuer les ponts thermiques d’un logement existant et d’améliorer le confort de ses habitants. Un matériau peu voire pas transformé, et très peu carboné qui, durant toute sa phase de croissance, agit même comme un puits à carbone. 

 

Réduire, réemployer, réutiliser, recycler. Les 4 R de l’économie circulaire pourraient bien prendre du galon ! Couplés à la réhabilitation, ils permettraient d’accélérer considérablement la réduction du bilan carbone du secteur du bâtiment. Reste à mettre en œuvre un protocole complet – voire simplifié – permettant à chaque partie prenante d’un projet de réhabilitation d’agir efficacement et de manière raisonnée à son échelle.