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Le chantier, un moment à fêter !

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Fête de chantier, visite pédagogique, occupation temporaire… Comment faire du chantier, étape pénible pour les riverains, un moment inoubliable, vecteur de liens sociaux ? Repensons les objectifs du chantier, pour en faire un temps fort !

Le chantier est une fête

Parfois long et souvent source de nuisances multiples, le chantier n’est pas un moment agréable à passer pour les riverains. Cette latence est encore peu investie et n’est pas aujourd’hui pensée comme un espace-temps au sein duquel il est possible de déployer des usages temporaires qui permettent de fédérer les différentes parties prenantes. Et pourtant, il est une belle opportunité d’amorcer un lien avec les habitants, pour notamment assurer une appropriation heureuse du futur projet.

 

Une ville derrière les palissades

Pas moins de 71 500 chantiers ont maillé le territoire français en 2019, dernière année avant le temporaire ralentissement lié à la pandémie. Un chiffre étourdissant, régulièrement mis en avant par des citadins parfois excédés par les nombreuses nuisances qui y sont associées. Les projets urbains de grande envergure, que ce soit par leurs durées, leurs surfaces ou même la quantité de matériaux qu’ils nécessitent, créent un véritable ballet de véhicules et de déviations au sein des villes. Sans même parler du bruit, de la lumière nocturne et des poussières engendrés par ces chantiers.

Pour autant, les ouvrages ou quartiers issus de ces chantiers contribuent à améliorer les villes, sans que ce qu’il se passe réellement sur site ne soit toujours accessible aux habitants. Afin de les réconcilier avec ces chantiers, de nouvelles solutions sont mises en œuvre chaque année par les acteurs de la fabrique urbaine pour révéler aux citadins ce qu’il se passe derrière les palissades, pour leur donner la parole et leur permettre de faire remonter leurs interrogations aux services concernés.

Le chantier est une fête

©Julien Cresp

Dans l’objectif de réconcilier les riverains avec les travaux, un nouveau métier a notamment été créé il y a quelques années. La Communauté Urbaine de Limoges — à l’époque Communauté d’Agglomération – a été la première à avoir recours à un médiateur de chantier dès 2015, autour de vastes travaux liés à des réseaux enterrés, qui modifiaient grandement les usages de l’espace public. Sa mission : “faciliter les échanges, assurer une interface objective entre les commerçants, les usagers, les riverains et les personnels”. Une innovation sociale très intéressante puisqu’elle permet de centraliser les interrogations et les plaintes des riverains, à travers une personne identifiée, capable de naviguer entre différents niveaux de langages pour apporter des réponses claires, et débloquer rapidement et efficacement les problèmes rencontrés.

La Société du Grand Paris (SGP), chargée de concevoir et réaliser le Grand Paris Express, a suivi un chemin similaire en nommant des agents de proximité, présents en journée, chacun sur une ou deux futures gares, afin de venir à la rencontre des riverains qui s’interrogent sur le déroulé du chantier, et pour faire remonter les questions et les requêtes directement auprès des services concernés. Ce sont d’ailleurs ces mêmes agents de proximité que nous sommes allés rencontrer lorsque nous avons réalisé pour le compte la Société du Grand Paris, les diaporama sonores “C’est quoi ce chantier” ?

 

Invitons les citadins

Pour encore plus intégrer les chantiers dans la vie urbaine, tout en valorisant les nombreux métiers du BTP souvent invisibilisés, certaines initiatives proposent d’aller encore plus loin en invitant les riverains à travers l’ouverture des chantiers. Celle-ci peut être assez minimale, à l’instar des belvédères entourant le site du réaménagement des Halles de Paris, grâce à l’installation de fenêtres dans les palissades, ou même en permettant aux chanceux de parcourir des chantiers d’envergure comme ceux du Grand Paris Express — tout en respectant les mesures de sécurité.

Le plus stimulant est à trouver dans les fêtes de chantier qui prolongent les visites, et qui transforment ces morceaux de villes à venir en espaces déjà-là, supports d’échanges et de rencontres autour de l’art et de la culture. La SGP s’est en effet dotée d’une direction artistique en la personne de José Manuel Gonçalvès, directeur du Centquatre accompagné par l’agence Manifesto, notamment pour organiser des fêtes intitulées KM, aujourd’hui au nombre de neuf. Au prog
ramme : animations, photomaton géant installé par JR, goûters, concerts, performances artistiques, feux d’artifice, et avant tout des échanges féconds.

D’autres expérimentations vont jusqu’à faire participer les habitants au chantier en leur permettant de mettre les mains dans le cambouis. C’est notamment le cas du Collectif Etc, fondé par des jeunes architectes qui cherchent à “soutenir des initiatives de changements sociaux et environnementaux par l’acte de faire”. En 2011, sur une friche à deux pas de la gare stéphanoise de Châteaucreux, le collectif avait par exemple réalisé tout un travail d’identification des acteurs actifs sur le quartier, en investissant les conseils de quartiers comme les centres sociaux, les foyers d’accueil ou encore les associations locales. Cette première implantation a permis le succès de la deuxième phase, consistant en l’ouverture d’ateliers divers à toutes et tous : menuiserie pour le mobilier urbain, jardinage pour l’espace planté, illustration pour animer le mur.

Cette intervention, comme tous les chantiers ouverts similaires qui se multiplient dans nos villes, a montré la voie d’une nouvelle collaboration entre professionnels de la fabrique urbaine et citoyens. Des habitants particulièrement connaisseurs en jardinage ont, par exemple, pu informellement former les membres du collectif. Cela a ainsi contribué à établir une relation de confiance basée sur l’échange de compétences, et sur la centralité du “faire” concrètement. Un autre enseignement est à tirer du caractère très ouvert du chantier, avec une occupation quasi-permanente des membres qui a permis d’échanger avec un maximum d’usagers du quartier à travers la méthode du « racolage », mais aussi et surtout d’animer par l’occupation temporaire un quartier en transformation depuis plusieurs années. La preuve que les citadins sont plus qu’intéressés et motivés pour participer aux grands travaux qui animent leurs villes et qu’ils ne demandent qu’à être invités.

Collectif Etc.

©Collectif Etc

 

Un imaginaire en chantier

Ces nombreuses initiatives très fécondes et portées par des acteurs innovants “lient des projets de micro-transformations de l’espace public à une réflexion plus large sur la participation des habitants aux processus urbains”. Elles permettent ainsi de renforcer l’acceptabilité des chantiers, en les plaçant dans une histoire et un contexte urbains plus larges, dans le temps comme dans l’espace. Elles montrent alors la voie d’un nouvel imaginaire des chantiers, au sein duquel l’accent est mis sur leur rôle dans la redynamisation d’un quartier ou dans la revalorisation d’un territoire.

Ce nouvel imaginaire peut également se baser sur une gestion plus respectueuse de l’environnement, déjà portée par de nombreuses entreprises, en vue réduire les nuisances et donc les conflits qui les entourent dans un cercle vertueux. Les acousticiens ont notamment un rôle capital à jouer pour limiter le niveau sonore engendré par les chantiers, avec pour conséquence positive l’amélioration des conditions de travail pour tous les personnels présents sur le chantier.

Les modes de construction mobilisés peuvent également influer sur la baisse des nuisances, que ce soit par l’utilisation de bétons sans vibrations, autoplaçants et autonivelants, par le recours à la préfabrication ou encore à l’ossature bois. Le reconditionnement des matériaux de construction et la réduction des déchets portés par des structures comme Cycle-up est une autre piste à explorer pour renforcer la conduite de chantiers respectueux et à l’image des villes durables et apaisées que les professionnels de la fabrique urbaine comme les citadins appellent de leurs vœux.

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