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À quoi ressemblera l’Ile-de-France en 2050 ?

5 minutes de lecture

Nous sommes en 2050 en Ile-de-France. Les effets des dérèglements écologiques et la réduction des ressources énergétiques ont conduit à une transformation profonde de l’organisation du territoire et de la vie qui s’y déroule. Moitié moins d’habitants, quasi-disparition de l’automobile au profit de transports low-tech, mais aussi solidarités de proximité, air respirable et lien renoué avec la nature et les rythmes biologiques.

ile-de-france en 2050

C’est le scénario de rupture décrit par l’Institut Momentum, think tank spécialiste des questions de décroissance, dans son rapport Biorégions 2050. Un exercice prospectif abouti qui dessine les traits d’une Ile-de-France réorganisée autour de milieux de vie locaux, les biorégions : des territoires définis par des limites géographiques et non plus politiques, prenant en compte les communautés humaines et les écosystèmes.

L’Ile-de-France, une région sans voitures ?

Publiées en mars 2019, fruits d’un travail de deux ans, les 244 pages du rapport interpellent au fur et à mesure que le lecteur se projette dans cet avenir possible et pas si lointain. Répondant à la commande du Forum Vies Mobiles (think tank financé par la SNCF) d’imaginer une région sans voitures à l’horizon 2050, les auteurs font l’hypothèse que c’est notamment par la décroissance des transports et l’affranchissement de notre dépendance au pétrole qu’un scénario biorégional pourra se concrétiser pour l’Ile-de-France, et permettre d’amortir les évolutions inévitables à venir (conséquences du dérèglement climatique, raréfaction des ressources) dans de bonnes conditions pour nos sociétés humaines.

Un avenir contraint mais désirable

C’est certainement l’un des messages-clé à retenir : loin de toute vision catastrophiste, les auteurs montrent comment une transformation profonde et anticipée peut à la fois être source de modes de vie apaisés et d’amélioration de la résilience territoriale face aux crises. Dans ces conditions, l’Ile-de-France de 2050 serait un « territoire du bien-vivre, reconnecté à des rythmes plus lents, pratiquement autosuffisant sur le plan énergétique et alimentaire et libéré des nuisances des énergies fossiles » : un récit d’imaginaires positifs qui montre qu’un avenir contraint et sobre peut aussi être désirable.

5 piliers pour un territoire résilient

Concrètement, l’organisation territoriale se recompose autour de 8 biorégions. Paris dépend de 5 biorégions (Plaine de France, Vexin, Brie, Gâtinais, Hurepoix) tandis que les 3 autres (Mantois, Brie champenoise, Beauce) entretiennent des relations plus distantes avec la capitale. Cette organisation repose sur un exode urbain massif qui divise la population par deux et bouleverse la répartition géographique des Franciliens : les territoires ruraux de la région accueillent 700 000 habitants supplémentaires tandis que la population est divisée par deux dans la zone urbanisée dense, voire par trois dans la capitale.

La consommation énergétique repose intégralement sur des sources renouvelables et est fortement réduite en raison de l’intermittence de ces sources. Elle répond en priorité aux besoins de mobilité des personnes et des marchandises et de confort thermique et est alimentée par un réseau de production locale d’électricité. En hiver, les horaires de travail seront réduits pour s’adapter à la baisse de l’offre mais aussi pour suivre nos rythmes biologiques.

Suite à l’échec de la Métropole du Grand Paris, un processus de décomplexification s’enclenche. Les biorégions sont animées par une démocratie locale forte et des mouvements participatifs citoyens, tandis que les influences nationale, européenne et mondiale deviennent secondaires.

Grâce au développement d’une culture des animaux de trait (chevaux, ânes, mules, ..), à la réhabilitation des lignes ferroviaires secondaires et au renforcement des liens piétonniers (chemins de halage, sentiers, pistes, …), les principaux moyens de transports sont de basse technologie (marche à pied, vélo, traction animale). Néanmoins, des infrastructures ferroviaires (tramways et trains) assurent les échanges et la solidarité intrarégionale, tout en composant avec les contraintes énergétiques. Les véhicules partagés en circulation sont alimentés principalement par du biogaz dans les zones rurales et par de l’électricité à Paris et dans sa proche banlieue. Leur nombre est fortement limité (90 000 unités contre 5 millions de véhicules en circulation aujourd’hui) et réservé aux usages prioritaires (secours, …).

Le potentiel agricole de l’Ile-de-France est au cœur du projet biorégional. Près de la moitié de la population (3 millions de personnes) participe à une activité agroalimentaire biologique (professionnelle ou amateure) en Ile-de-France, qui devient autosuffisante. La création massive d’emplois dans le secteur agricole se fait au détriment du tertiaire marchand (métiers de l’info-communication, publicité, finance, tourisme, etc.) mais les métiers relatifs aux arts, spectacles et loisirs récréatifs perdurent. La couronne vivrière de Paris est progressivement réhabilitée tandis que les gares parisiennes deviennent des halles alimentaires où sont acheminées les productions biorégionales.

Sortir des dépendances alimentaires et énergétiques

Pour les auteurs, un tel scénario, sobre, mais soutenable, ne pourra se concrétiser qu’en sortant des dépendances massives qui alimentent les vulnérabilités territoriales. Sur le plan alimentaire, la région ne produit plus que 10% de ce qu’elle consomme tandis qu’au niveau énergétique, sa consommation d’électricité est vingt fois supérieure à sa production. Sans compter sa dépendance totale aux énergies fossiles, qui représentent 96% des transports de personnes et de marchandises.

Pour espérer traverser de la façon la plus sereine possible les évolutions qui nous attendent, les auteurs prônent un changement profond de nos modèles de développement territorial, synthétisé sous forme de recommandations concernant aussi bien l’énergie (réduire progressivement la disponibilité énergétique par habitant et développer un réseau de production locale d’électricité), que la mobilité (réduction des déplacements, développement de la traction animale et des lignes ferroviaires secondaires), l’économie (proximité des échanges, gestion des communs par les personnes directement concernées, promotion des métiers manuels et des low-tech), l’alimentation (augmentation massive des emplois agricoles et de la surface agricole utile) et la biodiversité (parcs agricoles urbains résorbant les entrées de ville).

 

RESPECTONS LES GESTES BARRIÈRES. Les photos de cet article ont été prises avant la mise en place des mesures sanitaires Covid-19.