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Avec l’open innovation, qui est gagnant ?

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Pour maintenir leur compétitivité tout en se préparant et en anticipant les innovations de rupture – nouveaux produits ou services qui changent radicalement les pratiques habituelles des usagers, les grandes entreprises se tournent de plus en plus vers l’open innovation. Un écosystème qui profite à tout le monde (corporate, startups, TPE/PME) sous réserve d’avoir des fondements solides.

open innovation BTP

L’open innovation ou l’innovation ouverte ne date pas d’hier. Depuis près de 50 ans, les grandes entreprises industrielles (entre autres) pratiquent cette ouverture vers l’extérieur, sans la nommer, en développant des relations avec d’autres organisations, industriels ou encore instituts de recherches. Techniquement, il n’existe pas une forme d’open innovation, mais de multiples formats : recherche partenariale, consortiums, chaire industrielle, groupe de travail, partenariats de co-développement de produits, valorisation de savoir-faire technique. Si certains font le choix de regarder ailleurs qu’en interne pour innover, d’autres intègrent directement des collaborateurs venus d’ailleurs à leur propre R&D. Toutefois, dans un sens comme dans l’autre, l’open innovation représente une véritable valeur ajoutée pour les entreprises.

« Elle permet de s’inspirer et de se nourrir pour partager des bonnes pratiques, des expériences, mais aussi des échecs. »

Caroline Jamin, responsable du département Business Acceleration & Open Innovation chez TotalEnergies.

D’un côté, il s’agit de regarder en interne ce que l’on a bien ou moins bien fait afin de comprendre le fonctionnement interne de la compagnie, mais aussi de regarder ce que potentiellement des équipes travaillant sur d’autres domaines d’activité auraient pu faire. Que ce soit en termes d’utilisation de nouvelles technologies et de méthodes, de nouveaux process et d’outils. En bref, s’inspirer des réussites pour les utiliser sur un autre domaine. D’un autre côté, l’open innovation nous permet de nous appuyer sur un écosystème externe dans le cas de sujets qui sortent de notre ADN, de notre corps de business. Cet écosystème peut être composé de startups, d’universités, de communes, de Fab Labs, de consultants, d’incubateurs, d’autres entreprises corporates… Son rôle est de nous sortir de notre zone de confort et de nous montrer que oui, il y a des choses que l’on peut très bien faire avec l’extérieur. Et pour cause, ces entités (startups, etc.) se situent dans des domaines d’activité où elles sont bien meilleures que nous. S’appuyer sur ces ressources performantes c’est se donner les moyens de devenir meilleur ! »

 

Un outil pour faire des choix stratégiques rapides et à moindre coût.

Tous les secteurs d’activité font aujourd’hui le même constat : leur environnement évolue de plus en plus vite et de manière incertaine du fait de cette rapidité. Aux entreprises donc de réussir à trouver le bon équilibre entre rapidité et pertinence. En jeu ? Leur croissance ! Un contexte dans lequel l’open innovation trouve parfaitement sa place. « Tester rapidement plusieurs hypothèses différentes à moindre coût est le meilleur moyen d’identifier avec pertinence la bonne direction à prendre »Selon Noémie Escaith, Responsable Open Innovation et Coporate Venture chez Bouygues Construction.

En d’autres termes, d’identifier de quoi demain sera fait ! Prenons l’exemple de l’industrie automobile qui repose généralement sur un développement en cycle V : définition du besoin, création d’un cahier des charges techniques adapté au besoin identifié, vérification de la faisabilité, réalisation d’un premier prototype, tests… Ce type de développement est très long et ne permet pas d’apporter facilement des corrections. Un problème de taille puisque dans le cas de tendances naissantes ou très expérimentales, il est beaucoup plus dur de border un sujet. Cela implique de nombreux imprévus et apprentissages tout au long du parcours de développement et donc des réajustements ! Les méthodologies de l’open innovation sont, pour leur part, parfaitement adaptées à ce type de recherches, car elles permettent de corriger le tir très rapidement. » La raison ? « Faire le choix de l’open innovation, c’est accepter d’avancer avec plus d’hypothèses dès le départ et donc de remettre en cause ce qu’on pensait juste. »

« C’est en outre une source extrêmement riche, poursuit à son tour Caroline Jamin de TotalEnergies. On parle beaucoup de réseau dans les entreprises, mais il n’y a pas que ça qui est important. Il y a aussi le contenu de ce que l’on diffuse. Le réseau est souvent associé à de la promotion alors que, selon moi, il a plusieurs avantages : la promotion certes, mais aussi le fait de trouver les bons partenaires, aux bons endroits, aux bons moments pour les bons sujets. Il s’agit également de trouver potentiellement la bonne idée, le bon outil ou la bonne personne. Et c’est là, la vocation de l’open innovation : trouver en interne ou en externe, une réponse pour chacune de nos interrogations/besoins en matière de cas d’usage, de ressources et d’outils. »

 

Open innovation : la clé pour s’adapter, se réadapter et évoluer.

« On parle souvent de l’open innovation comme de quelque chose de novateur qui permet aux entreprises de sortir de leur propre vision « unilatérale », explique Noémie Escaith de Bouygues Construction. C’est une certaine vision de l’entreprise, longtemps considérée (parfois encore) comme hermétique – incapable de communiquer avec l’extérieur et de s’inspirer de ce qu’il s’y passe pour évoluer. Pourtant, de manière générale, notre économie s’est toujours basée sur l’échange. Les fonctions Achats en sont la preuve : leur rôle est d’aller chercher à l’externe une compétence ou un produit dont l’entreprise a besoin. Beaucoup de collaborateurs internes travaillent déjà depuis longtemps avec des fournisseurs innovants ou des startups, et sont dans une dynamique de test. Le premier rôle de notre pôle open innovation est par conséquent de les convaincre du fait qu’il y a du bon à venir structurer et industrialiser ce qu’ils font déjà naturellement : trouver des solutions à l’extérieur. »

 

« Chercher des expertises externes permet d’aller plus loin dans le développement d’une entreprise, d’enrichir son offre, de s’inspirer de méthodologies extérieures, de s’améliorer dans ses pratiques et, in fine, d’évoluer. »

Noémie Escaith, Responsable Open Innovation et Coporate Venture chez Bouygues Construction.

 

Un avis partagé par Renaud Heller en charge des partenariats et du développement du secteur immobilier et construction au sein de la startup namR, qui a récemment collaboré avec l’équipe Open Innovation de Bouygues Construction. « L’open innovation permet aux grands Groupes d’avoir des stratégies d’achat innovantes pour externaliser de la R&D sur des sujets qui sortent de leur cœur de métier. Au lieu d’attendre que des produits soient disponibles chez des fournisseurs potentiels, ils ont la possibilité d’initier des phases de co-création de valeur avec de futurs fournisseurs.

Tout l’enjeu pour les startups comme namR est d’arriver au plus tôt aux contacts des clients « donneur d’ordre », avant qu’un produit ne soit complétement mûr, afin de l’adapter à leurs réels besoins. Pour les grandes entreprises, c’est clairement la possibilité de gagner en performance puisqu’en pratique, nous les startups, nous leur mettons dans les mains des technologies à l’état de l’art. Et ce, sans qu’ils aient besoin de les développer en interne. »

 

Un gage de performance et de pertinence pour les grandes entreprises.

Chez TotalEnergies, l’innovation – dont fait partie l’open innovation – est un vrai levier pour accompagner son récent virage énergétique. « Nous recherchons des innovations pour rester à la pointe de notre secteur, et devons en parallèle nous inspirer de mégatendances, nouvelles technologies, nouveaux business model pour prendre concrètement ce virage et inspirer notre propre innovation corporate, détaille la responsable du département Business Acceleration & Open Innovation chez TotalEnergies. Cette dernière en est convaincue, se tourner vers d’autres équipes en interne comme vers des entreprises plus petites à l’externe à tout bon ! « Cela permet d’accélérer notre transformation, de fournir des réponses concrètes aux besoins de nos métiers internes, de contribuer à nos ambitions climat, de recruter des leads de qualité (startups, corporates, TPE/PME avec lesquelles nous allons pouvoir travailler à l’avenir), de récupérer des candidatures spontanées pour des stages et des partenariats, de participer à des salons ou encore de prendre la parole devant des publics différents pour partager et rencontrer de nouvelles personnes que nous n’aurions pas rencontrées dans notre écosystème actuel. »

 

« L’open innovation nous permet de travailler en interne et en externe sur des bonnes pratiques, à partir de cas d’usage exprimés par les lignes métiers avec des moyens humains, techniques et financiers. Le tout sans avoir à réinventer la roue ! »

Caroline Jamin, responsable du département Business Acceleration & Open Innovation chez TotalEnergies.

 

Tout comme TotalEnergies, Bouygues Construction aussi mise sur l’ouverture. « Pour avancer efficacement et dans la meilleure direction, le mieux est de se rapprocher au plus près de sa cible ! C’est elle la source de la meilleure des données », précise Noémie Escaith, Responsable Open Innovation et Coporate Venture chez Bouygues Construction. En ce sens, le pôle open innovation de Bouygues Construction met à profit sa méthodologie, basée sur l’expérimentation et l’enrichissement par l’extérieur sur de nombreuses thématiques transversales aux enjeux du Groupe : les changements d’usages, la transition énergétique et environnementale, l’efficacité opérationnelle des chantiers. Tous ces sujets, qui vont au-delà de la construction et peuvent concerner le quartier, la collectivité voire le pays, profitent dorénavant de l’intelligence collective engendrée par la méthodologie d’une innovation ouverte. « Nous avons pour habitude de co-animer des ateliers de créativité en réunissant des personnes de Bouygues Construction qui ont la connaissance technique, des citoyens et des représentants des collectivités, pour bien définir le besoin. Une diversité de point de vue et d’individus indispensable pour créer des solutions adaptées – qui vont au-delà des a priori ou des idées reçues. » Cette réalité de terrain, le pôle R&D de Bouygues Construction l’utilise également pour améliorer la pertinence de ses propres travaux de recherches. À l’image du projet d’opérateur connecté qui, en collaboration avec l’open innovation du Groupe, a été construit sur la base du besoin réel des compagnons présents sur les chantiers. « Partir d’un besoin réel correctement identifié peut véritablement transformer une idée. » Logique ! Travailler avec de plus petites structures permet d’être plus proche du marché, de la cible, mais aussi de l’utilisateur final.

 

En pratique, les méthodes sur lesquelles repose l’open innovation sont très souvent utilisées chez les startups. Pour autant, elles ont toutes autant de valeur pour les grandes entreprises puisqu’elles leur permettent d’éprouver et de développer leurs idées sur un laps de temps plus court que celui habituellement nécessaire dans les grosses structures – rythmées par de nombreux process. « Le tout dans un environnement suffisamment cadré, pour que cette rapidité d’actions ne se retourne pas contre les équipes elles-mêmes (parce qu’elles n’auraient pas respecté certaines normes ou règles, par exemple) », souligne Noémie Escaith.

 

Un atout pour le développement des startups et de leurs solutions

« En travaillant avec des startups, TotalEnergies comme n’importe quelle autre entreprise corporate les emmène dans un écosystème qu’elles ne connaissent pas à savoir l’univers des grandes entreprises, explique la responsable du département Business Acceleration & Open Innovation chez TotalEnergies. Les fondateurs de startups sont souvent jeunes et il est assez rare de trouver des personnes qui sont préalablement passées dans le privé avant de monter une startup. Elles ne possèdent pas souvent le dialogue nécessaire pour parler avec de grandes entreprises. Le fait de travailler main dans la main pour débloquer un projet interne ou même leurs propres solutions est un partenariat gagnant-gagnant. Prenons l’exemple d’une startup qui va travailler avec une grande entreprise pour développer une solution. L’entreprise va permettre à la startup de travailler avec son écosystème agile, flexible et sa petite équipe hyper dynamique. Le tout en bénéficiant de l’écosystème de l’entreprise corporate pour pouvoir tester des choses en live, avoir des experts à disposition (que la startup n’a pas forcément en interne). Sans oublier les coûts portés en grande partie par l’entreprise corporate. Quant à elle, elle va profiter d’une petite équipe externe qui va lui « sortir » quelque chose là où ses équipes internes n’ont pas la possibilité de le faire. Certes, en tant que grande entreprise cela représente un coût, mais cela va permettre de customiser quelque chose qui nous servira. »

 

Un constat vérifié par Renaud Heller de namR – startup spécialisée dans les données environnementales des bâtiments (voir encadré). « L’open innovation nous permet d’améliorer notre connaissance des besoins clients. C’est important même si, dans nos équipes, nous avons des collaborateurs issus de grandes entreprises. Ils n’ont pas une science complète des besoins de l’entreprise avec qui nous collaborons, et des autres acteurs de nos marchés cibles. Être au contact du besoin client réel est une véritable opportunité pour anticiper nos roadmaps de développement produit, mais aussi nous assurer que nos investissements vont « rencontrer un client ». Autre atout en matière de développement business : nous avons constaté que les entités open innovation des grandes entreprises font en quelques sortes un travail d’acculturation de nos technologies auprès des équipes de leur entreprise. Elles représentent en ce sens un intermédiaire incroyable pour nous ! De plus, elles sont capables d’anticiper les futurs besoins des différents métiers de leur entreprise. Mais aussi de préimaginer des cas d’usage pour lesquels, à la suite de notre travail collaboratif, nous disposerons d’un discours déjà adapté aux opérationnels. »

 

Une valeur ajoutée également appréciée par Xavier Sembely, co-fondateur et CEO d’Immoblade – startup créatrice d’un système de protection solaire pour vitrage (voir encadré). « L’open innovation permet d’avoir des chantiers de référence ! Par exemple, le fait de travailler avec Bouygues Construction est un gage de sérieux. Notre innovation apparaît comme plus crédible. Nous avions convenu avec Bouygues Construction que notre expérimentation sur ces baraques de chantier pourrait d’ailleurs nous servir de showroom. C’est important de montrer le rendu et la mise en œuvre de nos solutions à de futurs partenaires ! En pratique, nous avons toujours privilégié l’action réelle. Même si notre produit principal est en cours d’industrialisation, nous sommes partis du principe qu’il faut faire et équiper des bâtiments avec nos moyens d’aujourd’hui. C’est la meilleure solution pour avoir suffisamment de retours d’expérience et faire évoluer notre produit en fonction du besoin du terrain ! Nous multiplions en ce sens les expérimentations. Nous avons profité d’un programme transverse financé par l’Ademe : « Bâtiment responsable ». Un financement qui nous a permis d’équiper un certain nombre de chantiers, de récolter de données quant à la performance de notre solution, mais aussi de travailler avec différents maîtres d’ouvrage. Nous avons également mené un projet avec la Direction de l’immobilier de l’État. Baptisé « Tigre », ce projet consistait à équiper plusieurs bâtiments administratifs en pleine rénovation énergétique. Disons-le, ces expérimentations sont la condition absolue pour pouvoir s’ouvrir sur le marché ! Avoir des projets de références est indispensable à la fois pour tester nos technologies, mais aussi témoigner de leur performance ! »

 

Un principe de test incontournable pour faire sa place sur le marché selon Vianney Sauvage, co-fondateur de DIZY – startup créatrice de mobilier écoresponsable (voir encadré). « Se confronter à la réalité du terrain aux côtés des grandes entreprises qui ont le type de déchets que nous visons, nous permet de les comprendre et de leur proposer une solution qui les incite à passer à l’acte de l’upcycling (surcyclage). En outre, grâce à cette mise en pratique, nous nous sommes rendu compte que les déchets des uns doivent faire le produit des autres pour des raisons économiques. Personne ne peut attendre deux mois (le temps nécessaire à la transformation d’un déchet selon sa quantité) pour pouvoir travailler sur son nouveau bureau. Chaque open innovation nous permet d’avancer un peu plus dans la conception de nos offres ! Avec Bouygues Construction, nous avons pu structurer notre offre à partir du déchet d’une porte palière. Concrètement, l’ouverture sur l’extérieur, on ne fait que ça ! Sur la base des déchets de rénovation ou de réhabilitation, nous proposons des solutions de requalifications utiles en prenant en compte l’usage attendu par les nouveaux usagers. À chaque fois que nous faisons cela, nous préparons un cahier des charges qui nous sert à définir une offre précise à partir d’un déchet. On identifie de plus en plus rapidement les modèles qui sont réellement durables, c’est-à-dire reproductibles et économiquement viables, pour nous. Et ça marche ! À partir d’un gisement de déchets, nous sommes aujourd’hui en mesure d’apporter une solution clé en main sans devoir nous poser les mêmes questions. Nous avons déjà testé nos capacités à créer de nouveaux modèles, testé de nouveaux partenaires de transformation et testé l’envie du marché actuel à venir s’équiper avec le type de produits que nous proposons. »

 

Seule difficulté aujourd’hui avec les startups, selon Caroline Jamin, responsable du département Business Acceleration & Open Innovation chez TotalEnergies : « lorsque l’on source des startups est qu’elles ont déjà leur solution customisée, ces dernières sont déjà en mode prototype et ne correspondent pas forcément à notre écosystème. Cet été, nous avons par exemple recherché une startup pour un projet sur le traitement de l’eau dans nos stations-service en Afrique. Nous voulions trouver une petite entreprise innovante qui nous permettrait de recycler la totalité de l’eau que nos stations utilisent (dans les toilettes, les cuisines, pour le nettoyage…). La solution proposée par une startup ne correspondait pas avec l’infrastructure de nos stations et nécessitait de gros travaux d’aménagement si nous souhaitions aller plus loin. Un investissement gigantesque pour un système qui, en outre, s’avérait plus volumineux. Cela ne s’adaptait donc pas du tout à nos impératifs du terrain et révélait un manque de prise en compte du besoin réel. En synthèse, avant de démarrer l’étude d’un besoin, Il est important d’aller explorer ce besoin avec nos clients et nos partenaires pour ne pas penser à la place de, d’aller discuter avec les cibles/clients et de prendre en compte leurs feedback. Cela est valable pour les petites comme pour les grandes entreprises ! Et c’est tout l’intérêt de l’open innovation ! »

 

3 questions à 3 startups adeptes de l’open innovation

 

Quelle est la particularité de votre startup ?

Vianney Sauvage, co-fondateur de DIZY: Nous créons du mobilier écoresponsable (bureaux, tables à manger, table de bistro, table basse, table de chevet…) pour aménager les espaces professionnels, résidence, hôtels et espaces tertiaires. Notre singularité est de dessiner, non pas des meubles, mais des pièces de meubles. Une approche qui nous permet d’injecter plus facilement différentes matières ou déchets – que l’on transforme – dans nos solutions d’ameublement.

Renaud Heller en charge des partenariats et du développement du secteur immobilier et construction chez namR : Nous identifions le potentiel environnemental de tous les bâtiments de France afin d’aider toutes les parties prenantes à activer celui de leurs bâtis. Pour ce faire, nous rassemblons l’ensemble des données disponibles sur les bâtiments et, grâce à des outils d’intelligence artificielle, créons une base de données ultra-complète. Nos clients l’utilisent pour des cas d’usage extrêmement variés : anticipation des besoins en construction dans le cadre de futurs bâtiments, anticipation des opportunités de transition et de transformation des bâtiments existants, analyse du potentiel solaire…

Xavier Sembely, co-fondateur et CEO d’Immoblade : Nous avons développé un système de protection solaire passif et saisonnier pour vitrage. Un store fixe capable de maximiser les apports solaires l’hiver (quand le bâtiment a besoin d’être chauffé) et de les minimiser l’été. Le tout sans aucune motorisation et donc aucune électricité. Une innovation qui repose uniquement sur une analyse individuelle des trajectoires du soleil face à un bâtiment et de la géométrie.

 

Dans quel cadre êtes-vous entrée en contact avec le pôle Open Innovation de Bouygues Construction ?

Vianney Sauvage (DIZY) : À partir de certains de leurs déchets issus de travaux de réhabilitation – plus précisément des portes palières – nous avons réfléchi sur des solutions de transformation et de remise en usage de ces portes sous une fonction de meubles. L’objectif était de faire la démonstration qu’à partir d’un déchet qui normalement est benné, on peut créer un nouvel objet avec différentes dimensions et même finitions.

Renaud Heller (namR) : Nous avons initié ensemble une première mission d’exploration quant à l’usage de nos données, aux côtés de La Place de L’Immobilier, acteur de référence sur les outils métiers dédiés à la transaction.  Nous sommes pour cela entrés en contact avec tous les corps de métiers présents chez Bouygues Construction. Le but était de savoir lesquels seraient les plus intéressés par nos données afin de construire par la suite des parcours clients adaptés à chacun.

Xavier Sembely (Immoblade) : En 2020, nous avons été contactés par le service Open Innovation de Bouygues Construction afin de faire une « évaluation » de notre innovation qui se décline en deux systèmes de protection solaire différents. Cela a éveillé l’intérêt du Groupe puisqu’en 2021 il nous a proposé de lancer une expérimentation sur des baraques de chantier afin de tester en conditions réelles nos deux solutions. Nous avons créé huit prototypes et en avons équipé les vitrages de deux salles. Une troisième salle non équipée nous a servi de référence pour pouvoir évaluer l’apport de nos produits.

Qu’en retenez-vous ?

Vianney Sauvage (DIZY) : Ce projet en commun nous a permis de prendre le temps de créer un cahier des charges duplicables pour la transformation de portes palières. Nous sommes parties du déchet, l’avons qualifié, en avons identifié les phases de transformations et les nouveaux usages qu’on peut lui donner. Le tout en définissant un prix de vente. Nous avons même créé spécialement un piètement (ensemble des pieds et des traverses d’un meuble) pour donner une seconde vie à ce type de plateau. Grâce à tout cela, nous sommes aujourd’hui capables de vendre des portes transformées en bureaux sans devoir repenser au projet à chaque fois. Je sais exactement ce que nous pouvons faire en matière de finition, de dimension selon le type de porte, mais aussi ce que nous ne pouvons pas faire.

Renaud Heller (namR) : Nous avons pu définir des parcours clients pour six cas d’usage concrets. En outre, nous avons profité d’une mise en relation avec 90 personnes du Groupe. Des personnes pour lesquels nos données ont une valeur ajoutée et pour lesquels nous avons dorénavant un discours persuasif prêt-à-l’emploi.

Xavier Sembely (Immoblade) : Le projet avec Bouygues Construction s’est monté très vite – en à peine deux mois ! En toute transparence, je craignais l’inertie et les process à rallonge propres aux grands Groupes. J’ai donc vraiment apprécié cette rapidité. Les équipes de Bouygues Construction présentes sur le chantier ont bien joué le jeu. Durant un an, elles ont participé en nous aidant à maintenir les capteurs posés sur place, et en mettant leurs bureaux en configuration pour l’expérimentation, en particulier en période d’inoccupation, et en donnant leur ressenti d’utilisateurs. Bilan : nous avons obtenu de très bons résultats sur l’une des deux protections solaires notamment. Maintenant que nous avons prouvé sa plus-value, nous avons l’espoir de démarrer une histoire pérenne avec le Groupe. Notre ambition serait d’équiper ses bâtiments !

 

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